Varig Cross

Varig Cross
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Nom : Cross (dispose de nombreuses autres fausses identités).
Prénom : Varig

Âge : 26 ans environ, présumé être né entre 1986 et 1988. Date de naissance exacte inconnue mais utilise le 9 juillet sur la plupart de ses identités.

Sexe : Masculin
Nationalité ; origines : dispose de différents passeports au gré de ses missions. Utilise la  nationalité américaine à Madison. Présumé d'origine russe, sans certitude.

Statut civil : Célibataire

Métier : Agent Secret
Nom de code : Atorias

Groupe : Humain



Prologue


Note:
 

9 juillet 1993, plateau du Haut-Karabagh, Sud du Caucase

Thème: civille bellum (Company of Heroes 2 - main thème)


Un vent agréable balayait doucement un paysage si idyllique qu'on l'aurait cru tiré d'une carte postale. Une herbe verte s'étendait à perte de vue, grimpant à l'assaut de la rocaille des montagnes environnantes, remportant généralement la partie en ensevelissant la pierre qui n’affleurait que par endroits. Cette végétation prospérait sûrement grâce aux températures généreuses et au climat quasi tempéré de la région malgré l'altitude.
Aujourd'hui le soleil brillait dans un ciel sans nuage, réchauffant agréablement l’atmosphère de ce début de matinée.

Seule trace de présence humaine en dehors d'un village visible à l'horizon, une petite route serpentait au milieu de cette plaine ménagée entre le relief par les hasards de la géologie.
Un convoi de véhicules militaires roulaient à vive allure sur la terre battue, soulevant un petit nuage de poussière.
Seule la présence des camions et de deux transports de troupes blindés hérités de l'époque soviétique suggérait que ce paysage était le cadre d'une guerre impitoyable.

C'est à la guerre que pensait le sergent John Glashian en laissant son regard courir sur ce qu'il parvenait à voir des alentours depuis l'arrière du camion où il était installé. Dédaignant la place du fond, contre la cabine à l'abri du vent et de la poussière soulevée par les roues, il avait préféré s’asseoir ici et profiter de la vue.
Fumant tranquillement une cigarette, son AK-74 calé entre ses genoux et écoutant sans l'entendre le bavardage de ses hommes et le vacarme du convoi, il laissait dériver ses pensées au rythme des cahots de la route mal entretenue.

La guerre durait depuis maintenant plus d'un an, bientôt deux. Le conflit couvait depuis des années mais c'était la chute de l'URSS qui avait véritablement fait de cette région disputée du Caucase un champ de bataille sanglant entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, deux anciens satellites soviétiques fraîchement devenus indépendants et dont la plupart des américains de sa ville natale ne devaient même pas connaitre le nom.

Étrange paradoxe qu'à 35 ans, après être né et avoir passé toute sa vie d'enfant puis d'adulte aux États-Unis, il ne soit finalement rentré sur la terre de ses ancêtres que pour y trouver cette guerre. Autant pour le "home sweet home".
Longtemps avant sa naissance, sa famille avait survécu au génocide de 1917 avant de devoir fuir comme des milliers d'autres, choisissant les États-Unis.
Pourtant le souvenir de l'Arménie avait subsisté à travers les générations, et désormais ces montagnes étaient bien plus son univers que ne le serais jamais les pavillons blancs qui s'alignaient par centaines, barrant l'horizon de la ville de son enfance.
Ici il avait le sentiment d'être chez lui. Ça ne s'expliquait pas; il le sentait au plus profond des tripes.

Au départ, il était partit sur un coup de tête, pour fuir son quotidien. Il parlait l'arménien, avait l'argent nécessaire et les autorités locales encourageaient ces "retours au pays" pour soutenir l'effort de guerre. C'était pour cette raison stupide qu'il s'était engagé dans ce conflit à l'autre bout du monde auquel il n'avait aucune raison rationnelle de participer. Et bizarrement aujourd'hui, assis sur les bancs inconfortables de ce camion soviétique, côtoyant pèle-mêle des Arméniens de souche, des expatriés revenus se battre comme lui et des mercenaires russes il se sentait à sa place. Il avait trouvé une patrie et une terre qu'il protégerait à tout prix.
Il avait fait du sale boulot difficile pour gagner ses galons, vu les charniers d'une guerre volontiers prétexte au nettoyage ethnique et traversé le fracas des pires combats. Il ne le regrettait pas. Parce que c'était là sa vraie place dans le plan de Dieu, et pas celle d'avocat brillant qu'on lui avait assignée aux Etats-Unis. Pourquoi ne s'en était-il pas rendu compte plus tôt?

Sa radio crachota quelque chose, le tirant de ses réflexions. Tout ce qu'il parvint à saisir des grésillements c'était l'indicatif du chef de groupe, le lieutenant Vassili.

Écrasant sa cigarette contre l'acier renforcé du camion et cessant de sourire, il laissa une dernière fois son regard parcourir le paysage avant de s'emparer de l'appareil avec circonspection. Saloperie de matériel russe. Il en augmenta le volume, espérant que ce serait suffisant.

-Répétez Grisha, je vous reçois mal, lança-t-il dans le russe approximatif qu'il avait appris à maîtriser en plus de l'arménien et de l'anglais, ses deux langues maternelles.

A côté de lui le caporal Teliryan ordonna aux soldats de la fermer pour lui permettre de saisir ce que l'on voulait leur transmettre.

-Parlez votre langue au lieu de massacrer la mienne, dourak, l'ennemi écoute peut-être. Votre groupe part en éclaireur dans le village. 10 minutes!

Malgré les crachotements d'agonie de l'appareil, le sergent saisit la totalité du message, y compris le lapidaire "imbécile" dont le russe l'avait gratifié. Glashian ne lui en voulait pas, ou plutôt avait appris à ne pas lui en vouloir.
Le lieutenant avait commandé son unité durant 4 ans au cœur de l'Afghanistan occupé par les armées soviétiques, et à son retour il avait vu le pays pour lequel il s'était battu si longtemps entamer la phase finale de son agonie. La glorieuse et invincible Union des Républiques Socialistes Soviétiques s'était effondrée sur elle-même en quelques mois sans même livrer bataille.
Cette guerre au fin fond du Caucase n'était pas qu'un moyen de remplacer une solde devenue inexistante pour le lieutenant et les centaines de soldats russes qui servaient comme mercenaires des deux côtés. C'était aussi un moyen de rester un peu plus longtemps éloignés du cauchemar qu'était devenue leur nouvelle patrie, débarrassée de la mainmise communiste que pour n'être vendue lambeau par lambeau pour le plus grand profit des apparatchiks.

Qu'on lui impose un américain en guise de second était sûrement un rappel douloureux de cette "défaite" pour le lieutenant. Un américain au sang arménien, un sergent compétent et déjà vétéran, mais un américain quand même.
La vérité c'est que John plaignait son chef, et lui pardonnait donc ses petites injustices. Le lieutenant les avaient bien menés jusque là, et gardés en vie, et il n'en demandait pas plus.

-10 minutes avant déploiement! Lança-t-il à ses hommes en haussant la voix pour couvrir le bruit du convois. On fait une reconnaissance dans le village. Caporal Teliryan avec Kalienkov, Ergossian et Illich et vous prenez la tête. Les autres avec moi. Vérifiez vos armes!

Lui même vérifia son fusil d'assaut et l'arma d'un geste fluide mille fois répété. Puis il saisit la petite croix pendue à son cou et se mit à prier à mi-voix.



4 avril 2013, Cité du Vatican, Italie

Thème: Citae Vaticana (Death note - Coda death note)


Autre temps, autre lieu.
Le ciel romain était lourd de nuages, étendant leur ombre sur la Cité du Vatican. Il faisait froid et humide mais la grande fenêtre soigneusement fermée de la salle de conférence isolait parfaitement la pièce où se tenait la réunion.
La morosité de ce mois d'avril laissait parfaitement indifférent les hommes assis là, occupés à de bien plus importantes affaires que la fraîcheur de l'air ou la saison.
Tous portaient la tenue rouge et noire des cardinaux de l'Eglise Catholique et discutaient avec animation.

-Ce que je veux dire par là, Éminence, expliquait l'un d'eux dans un latin si parfait qu'il trahissait des origines italiennes et une longue pratique intensive de cette langue, c'est que le "cabinet noir" du cardinal Bergsen nous coûte chaque année l'équivalent d'une Basilique. 300 millions de dollars rien que pour le projet de satellite de communication... L'Eglise a d'autres priorités selon moi, et je m'inquiète de cette débauche de moyens. Mal surveillée par ailleurs.

Manifestement agacé malgré le ton égal qu'il avait veillé à conserver, l'ecclésiastique croisa les mains devant lui. Il se mit à triturer la lourde bague ornée d'un saphir qu'il portait à la main gauche tout en fixant un de ses "confrères" assis à l'autre extrémité de la table, sans doute le cardinal Bergsen. Les yeux mi-clos, appuyé sur sa main, ce dernier semblait plongé dans une intense réflexion.

-Éminence? Demanda d'une voix polie un autre cardinal à la calvitie prononcée, toujours dans ce latin parfait. Désirez-vous répondre quelque chose à l'observation du Cardinal Sertello?

Comme à regret, il rouvrit les yeux. Il était âgé -comme tous les participants autour de la table- mais ses yeux noisette brillaient d'une intelligence que le temps n'avait pas entamée, bien au contraire. Ses cheveux blanchis par les années étaient coiffés dans une coupe très courte et son visage ridé restait empreint d'une détermination intacte.

-Le Cardinal Galagno sera, je crois, plus apte à vous expliquer l'utilité des sommes investies dans le cabinet noir, répondit-il d'une voix douce teintée cette fois d'un infime accent qui n'avait rien d'italien. Éminence auriez vous la bonté...?

Les regards se tournèrent vers l’intéressé, un homme bien en chair portant de petites lunettes. Ce dernier toussota pour se donner une contenance. Son rôle à la Banque du Vatican faisait de lui l'expert sur la question, mais il semblait mal à l'aise puisqu'il allait devoir mécontenter au moins un de ses collègues.

-Eh bien... C'est vrai que le cabinet noir coûte très cher. Mais... D'un point de vue purement comptable... Ses opérations de l'année dernière ont permis d'empêcher le détournement de plusieurs milliards de dollars et plusieurs scandales fort... Embarrassants pour l'Eglise toute entière. Nous avons tous lu les rapports je crois? Alors je pense qu'on peut dire que c'est un bon investissement...

Le cardinal pratiquement chauve qui semblait présider la réunion tapota sur ses notes pour attirer l'attention, tirant le Cardinal Galagno de son embarras. Manifestement ce dernier n'appréciait pas d'être le centre de l'attention.

-Bien. A moins que quelqu'un ai quelque chose à ajouter, j'aimerais que nous revenions à notre sujet premier. Cardinal Bergsen, pouvez vous nous résumer les actions entreprises par votre agent à St-Petersbourg et leur écho?

La réunion se poursuivit ainsi pendant près d'une heure. La porte de la salle était encadrée par deux gardes suisses en tenue bleue, imperturbables. Contrairement à leurs collègues postés à l'extérieur pour la plus grande joie des touristes et pèlerins qui défilaient par milliers, l'uniforme des soldats était sobre et fonctionnel. Quand aux anachroniques hallebardes, elles étaient avantageusement remplacées par un pistolet automatique moderne, sanglé à leur ceinture.
Dans le couloir richement décoré, plusieurs religieux en habits sombres attendaient patiemment que la réunion se termine, discutant entre eux ou admirant la vue plongeante qu'offrait les fenêtres du Palais du Gouvernorat sur les jardins pontificaux qui s'étendaient en contrebas.
Dès que la porte de la salle s'ouvrit, tous se levèrent pour accueillir les cardinaux.
Le Cardinal Bergsen fut le premier à quitter la salle, traçant tout droit vers de grands escaliers pour sortir du batiment, tandis qu'un des prêtres présent lui emboîtait rapidement le pas. Âgé sans doute d'une cinquantaine d'année il avait des cheveux noirs portés long et une carrure athlétique qui dénotait au milieu de ses pairs.
Les deux hommes gardèrent le silence jusqu'à leur arrivée dans les jardins.

-Votre réunion s'est elle bien terminée, votre Éminence? Demanda poliment le prêtre en allemand.

Le cardinal leva un œil chagriné vers le ciel avant de répondre d'un ton égal dans la même langue:

-Rien de différent à ce à quoi je m'attendais. Sertello semble toujours aussi agacé que le cabinet noir échappe à son contrôle, et les autres membres de la commission toujours aussi prudent. Tant que nous restons discrets personne ne souhaite nous voir disparaître... Mais encore une imprudence comme celle de St-Petersbourg et nous fermerons boutique. La politique... Quel est la suite du programme de la journée, Gabriel?

Son interlocuteur avait hoché la tête au fur et à mesure de ses explications. En tant que secrétaire particulier du cardinal, les rouages complexes de la politique Vaticane et les rivalités n'avaient plus vraiment de secret pour lui, pas plus que l'issue probable de la réunion.
Baissant les yeux sur un petit carnet de cuir qu'il venait d'ouvrir par anticipation, il répondit:

-Le père Mathieu Fort vous attend. Vous aviez demandé à prendre en charge vous-même le dossier. Il a fait le voyage depuis les Etats-Unis... En outre dès que l'entretien sera terminée, sœur Ada souhaitait...

Le cardinal interrompit gentiment son secrétaire.

-Je m'en souviens Gabriel. Le père Mathieu voulait nous transmettre une affaire en rapport avec le Diocèse de Manchester c'est bien cela?

Ce dernier acquiesça de la tête et se tut. Les deux hommes travaillaient ensembles depuis des années, et n'avait pas toujours besoin de parole pour communiquer. Gabriel avait deviné que son supérieur réfléchissait déjà intensément.
L'évêque du Diocèse de Manchester était un de ses vieux amis, et ce mystérieux envoyé devait l’intriguer au plus haut point puisque tout deux pratiquaient volontiers la communication instantanée via l'internet. Le sujet de ce long voyage devait donc être des plus délicats...
Abandonnant le Cardinal à ses propres réflexions, le prêtre laissa errer son regard autour de lui. Ils marchaient à bonne allure et avaient déjà dépassé le monument à St Pierre, laissant derrière eux la masse imposante du palais du gouvernorat pour se diriger vers la fontaine du St Sacrement. Les allées étaient peu fréquentées, sans doute à cause du temps gris qui empêchaient de profiter pleinement des magnifiques jardins et menaçait de tourner à l'orage d'un instant à l'autre. Avec un petit pincement au cœur, Gabriel déplora une fois de plus de n'avoir pas plus de temps libre pour les explorer à son aise.
Malgré toutes ses années de service au Vatican il ne se laissait jamais d'admirer les merveilles architecturales et botaniques patiemment concentrées dans le minuscule Etat, découvrant sans cesse de nouveau détails. Cela l'aidait à prier, tout en symbolisant la puissance sereine de la plus vieille institution humaine, l'Eglise Catholique. Une institution qu'il participait à protéger...

Un éclair zébra le ciel le tirant de ses réflexions penchant dangereusement vers le pêché d'orgueil, et les deux ecclésiastiques hâtèrent le pas pour rejoindre leur destination. Avec une allure conciliant dignité et vitesse ils s'engouffrèrent juste à temps dans la "Casina Di Pio IV", le bâtiment abritant l’académie des sciences pontificales. Derrière eux une pluie lourde se mit aussitôt à tomber, mitraillant la pierre du perron avec fureur, comme frustrée d'avoir vu ses proies lui échapper de justesse.

Sans s'attarder à ce spectacle, le duo se dirigea d'un pas plus tranquille à travers les couloirs familiers du lieu, saluant  poliment au passage les différents laïcs et religieux qu'ils croisaient.
Ils finirent par aboutirent à un petit ascenseur flambant neuf installé entre une statue de saint Luc et un buste d’Hippocrate.
Sitôt les portes de la cabine refermée, le père Gabriel manipula le clavier digital avec la dextérité que procure l'habitude, entrant une série de chiffres.
Quelques secondes de descente plus tard ils arrivèrent au sous sol abritant le quartier général du "cabinet noir".

L'ascenseur s'ouvrit sur un couloir d'aspect futuriste aux murs réfléchissants et à l'éclairage bleuté. Sans doute un sas de sécurité...
Les deux hommes s'y engagèrent sans hésiter, et une lourde porte coulissa silencieusement pour leur livrer passage.
Radicalement différente du couloir, la pièce dans laquelle ils débouchèrent ressemblait à une salle d'attente telle que celle qu'on pouvait trouver dans de nombreux des ministères. Spacieuse et confortable elle était décorée dans un style qui n'aurait pas détonné un siècle plus tôt malgré quelques incursions de la modernité. Telles les caméras de sécurité discrètement intégrée aux moulures des boiseries du plafond...

Deux personnes y patientaient. Un colosse en costume noir se tenait debout près d'une porte menant sans doute plus profondément sous le bâtiment. Car ils se trouvaient sous terre comme en témoignait l'absence de fenêtre.
Sa posture -jambes légèrement écartées, mains croisées dans le dos, tête haute- trahissant immédiatement un probable passé militaire. Le visage indéchiffrable, il était parfaitement à sa place dans ce décors.
A l'inverse son "compagnon" lui y semblait aussi mal à l'aise que mal assortit. Plutôt petit avec un visage fin qui aurait pu paraître enfantin sans sa barbe blonde soigneusement entretenue, il portait un costume bleu marine un peu trop grand pour lui et auquel il n'était manifestement pas habitué. Se tordant les mains de nervosité, son regard clair lorgnait avec envie vers les fauteuils de cuir marron sans oser s'y asseoir et il faisait les cent pas.

Quand les nouveaux arrivants entrèrent, il se précipita presque sur eux. Le père Gabriel fit un discret signe de tête au colosse qui faisait mine de s'interposer, laissant l'homme en costume bleu saluer le cardinal.

-Votre Éminence... Je suis le père Mathieu Fort du diocèse de Manchester, envoyé monseigneur Abasci pour entretenir d'une affaire urgente.

Le prêtre s'exprimait dans un latin hésitant, teinté d'un fort accent américain. Manifestement la phrase avait été répétée mais la langue n'était pas maîtrisée. Sans s'en formaliser, le cardinal lui désigna la porte derrière l'homme en costume, qui l'ouvrait déjà pour laisser le passage.

-Oui, mon vieil ami Anthony m'avait prévenu de votre arrivée, répondit-il dans un anglais impeccable, prenant en pitié son interlocuteur qui était manifestement incapable d'user de la langue officielle du Vatican. Allons dans mon bureau, voulez-vous? Nous serons plus à l'aise pour parler.

Les trois ecclésiastiques entrèrent une autre pièce, plus simple que la première et manifestement régulièrement utilisée quoi que le mobilier ait là encore quelques décennies de retard. L'homme en costume noir avait fait mine de leur emboîter le pas mais le père Gabriel l'arrêta à nouveau d'une courte phrase en italien dont leur hôte américain ne parvint à extraire qu'un nom: Francesco.
Traversant rapidement le bureau -sans doute celui du secrétaire du cardinal-ils arrivèrent dans celui du maître des lieux.

Plutôt agréable dans son "design" d'avant guerre, seul un ordinateur dernier cri tranchait avec le décor. Le bureau étai grand et tout en bois, impeccablement rangé. Divers chaises -datant d'un bon siècle là encore- étaient réparties dans la pièce dont une près de la porte et deux autres à côté d'une grande bibliothèque. Une grande croix, un tableau représentant le Christ au jugement dernier et un oratoire complétait l'ameublement, mais aucun signe personnel n'était visible et les lieux semblaient étrangement anonymes. Ni photos, ni souvenir qui pourrait donner une idée du parcours du maître des lieux.
Comme dans les autres pièces des caméras discrètement disposées filmaient tout.

S'asseyant le premier dans un grand fauteuil sans doute bien plus vieux que lui, le cardinal invita son hôte à faire de même tandis que le père Gabriel s'installait juste à côté de la porte. Il tira de sa soutane un petit carnet gris et un stylo, se tenant prêt à noter les points importants comme il avait apparemment l'habitude de le faire à chaque entretien.
L'américain lui jeta un regard hésitant avant de s’asseoir, débattant intérieurement. Ce fut le parti de la discipline qui l'emporta sur celui de la politesse.

-Pardonnez moi votre Éminence, mais monseigneur m'a très clairement demandé de ne parler qu'à vous et à vous seul... Il a beaucoup insisté sur ce point et...

Le secrétaire fit aussitôt mine de se lever pour quitter la pièce, mais le cardinal l'arrêta d'un geste.

-Gabriel travaille avec moi depuis près de vingt ans et je n'ai aucun secret pour lui. Considérez le comme une extension de moi même... J'en prend la responsabilité. Maintenant racontez moi, qu'est ce qui a pu motiver un si long et pénible voyage jusqu'à Rome? Dans son message Anthony a été très mystérieux sur ce point...

Pendant que le père Gabriel se rasseyait et rouvrait son carnet de note, l'américain baissa les yeux, cherchant par où commencer.

-Le prêtre de la ville de Madison a été arrêté, lâcha-t-il enfin.

Il rassembla son courage durant de longues secondes.

-Pour terrorisme.

Le stylo de Gabriel s'arrêta au dessus de la page, interrogatif, tandis que le cardinal Bergsen croisait ses mains devant lui, intrigué. Ni l'un ni l'autre ne semblaient aussi choqués que le prêtre l'avait prévu, et cela le rassura un peu. Peut être pourraient-ils vraiment faire quelque chose pour les aider en fin de compte?



9 juillet 1993, plateau du Haut-Karabagh, Sud Caucase

Thème: civille bellum (Company of Heroes 2 - main thème)


Le convoi de véhicules arméniens stoppa à deux kilomètres des maisons, laissant les soldats du sergent Glashian terminer à pied.
C'était des combattants aguerris, et malgré le poids de leur équipement tous préféraient avancer discrètement plutôt que d'être accueillis par une volée de roquettes azéries dans leurs véhicules qui auraient fait des cibles faciles sur la route de terre battue.
Protégés des regards par les hautes tiges de blé, la douzaine de soldats arméniens et russes progressa ainsi rapidement et en silence pour se poster à l'orée des champs, à moins de deux cent mètres de l'entrée du village.
Avançant au coude à coude avec ses hommes, le sergent repéra une stèle fraîchement fracassée qui gisait au bord de la route. Donnant l'ordre de s'arrêter, il observa soigneusement les débris.
Des coups de masse qui avaient pulvérisé le délicat motif sculpté du Khatchkar et des traces de camions étaient encore visibles dans la poussière, filant droit vers le village. Aucun doute les Azéris étaient passés par ici. Mais étaient-ils toujours là?
Se couchant à la limite des champs, l'américano-arménien braqua ses jumelles vers leur objectif. Son treillis beige lui permettait se confondre avec le sol, et il devait être à peu près invisible depuis les fenêtres des maisons, tant qu'il ne bougeait pas.
Les habitations semblaient intactes, formant un véritable mur d'enceinte percé de fenêtre en hauteur. Impossible de savoir si l'ennemi se trouvait toujours là...

Après quelques minutes d'une prudente observation ne révélant aucun signe de vie, le sergent se résigna à donner l'ordre d'avancer. Le caporal et les soldat qu'il avait désigné dans le camion quittèrent donc la relative protection qu'offraient les champs de blé entourant le village pour s'approcher des bâtiments, nerveux. Ils faisaient des cibles faciles à découvert, et il était probable que si les fenêtres des maisons dissimulaient des soldats ennemis, ils seraient fauchés en quelques secondes. Une tactique risquée mais nécessaire...

Resté en arrière, John observait leur progression tout comme chacun de leurs camarades. Leur unité devait absolument sécuriser la place pour appuyer les flancs de leur brigade, mais les les véhicules ne pouvaient pas manœuvrer au milieu des habitations. Envoyer l'infanterie reconnaître et nettoyer la zone était donc vital. C'était là leur mission, si ingrate et dangereuse soit-elle.
C'est du moins ce que leur avait expliqué le lieutenant Vassili. Non sans regretter sans le dire que les habitants soient "des leurs". Si le village avait été Azéri et non Arménien, il aurait sans doute été purement et simplement annihilé par l’artillerie et "son" convoi aurait traversé les ruines fumantes en quelques minutes. Au lieu de ça, il devaient progresser avec prudence et une lenteur exaspérante pour le russe.

Cela faisait un moment que le sergent ne se faisait plus d'illusion sur la façon de faire la guerre, ici ou ailleurs. Tuer ou mourir, c'était là règle. On évitait les morts inutiles quand c'était possible, mais personne ne se souciait vraiment des dommages causé à "l'ennemi", armé ou pas. C'était une guerre de survie pour son peuple; pas de place pour la pitié.

Espacés d'une dizaine de mètres pour disperser une éventuelle rafale, le caporal et ses hommes franchirent sans encombre la zone à découvert qui les séparaient des premières maisons et se regroupèrent de part et d'autre de l'entrée du village, attendant leurs camarades pour investir les lieux. Aucune rafale ne les avaient accueillit, et le sergent poussa un discret soupir de soulagement. Pour le moment, tout se passait bien...
Donnant un ordre bref, il quitta les champs à son tour, suivi du reste de l'unité.
Avançant au pas de course, il serrait son arme sans quitter son objectif des yeux un seul instant.
Leurs opérations était souvent fait de moment comme celui là, d'attente nerveuse et menaçante à chercher un ennemi invisible. John détestait ces moments. Il préférait même entendre siffler les balles à ses oreilles...
Ne pas savoir quand et où l'ennemi se montrerait pour combattre, voilà ce qui était le plus dur, rendant la menace à la fois intangible, diffuse et permanente.

Se plaquant contre le mur d'une des maisons, le sergent vérifia d'un coup d’œil rapide que tous ses hommes étaient là. Il se fit l'étrange réflexion que les arméniens portaient presque tous la barbe -comme lui-, contrairement aux russes rasés de près. Mis à part ce détail, ils se ressemblaient assez; leurs tenues et leur matériel avait été acheté ou volé à l'armée rouge, et chaque soldat avait opéré son propre mélange d'équipements.
L'apparence actuelle des russes n'était au final pas si éloignée de celle qu'il portait sous la féroce discipline soviétique que le lieutenant s'ingéniait à imposer du temps de l'URSS. C'était une autre guerre qui se déroulait ici, et ses belligérants méritaient souvent plus le qualificatif de "miliciens" que de "soldats", mais ceux-ci étaient sans aucun doute de la seconde catégorie.

Il s'ébroua, chassant ces pensées parasites. A ce moment, toute inattention pouvait tous les faire tuer, ou n'avoir aucune conséquence. Tout dépendait du hasard de la guerre, et bien que fervent chrétien, il ne miserait pas leurs vies sur la chance.

Plaqué contre le mur de pierres, le sergent serra un peu plus fermement son arme et tendit l'oreille, tous ses sens en alerte. Un silence oppressant régnait, à peine perturbé par le bruissement du vent dans les champs. Un silence de mort...

Si les habitants étaient là, ils se cachaient bien.
Quand aux Azéris, peut être se faisaient ils discrets, s'attendant à une attaque grâce à un observateur ou une interception radio. Dans ce cas le village était sûrement un piège mortel.
Remontant la colonne pour jeter un coup d’œil prudent vers la rue, il put constater que les portes des habitations étaient ouvertes, parfois fracassées. Des impacts de balles criblaient certains des murs, et de larges taches de sang souillaient le sol.
Autant pour les habitants.
Faisant signe à ses hommes de rester en position, il activa sa radio, parlant à voix basse.

-Grisha ici éclaireur. On a atteint l'objectif, aucun signe de vie. Traces de luttes. Doit on se replier?

Pour toute réponse l'appareil grésilla avant de s'éteindre pour de bon. Maudissant une nouvelle fois son matériel russe -et le décès prématuré de ses talkies-walkies américains deux mois plus tôt- il rangea la radio dans son holster et en réduisit le volume jusqu'à la limite de l'audible. Dans ce genre de configuration, le bruit reconnaissable entre tous de l'appareil au mauvais moment pouvait faire tuer toute l'escouade.

Le village était en effet le lieu parfait pour une embuscade. Il n'y avait qu'une seule route qui ondulait entre les maisons pour former ce qui ressemblait à un "W" sur les cartes d'état major soviétique, la place centrale du village et l'église occupant la pointe centrale.
Impossible donc de savoir ce qui s'y trouvait avant d'atteindre le coin de la rue devant eux... Pas étonnant que le lieutenant refuse d'y engager ses véhicules à l'aveugle.
En l'absence de nouveaux ordres de sa part il allait devoir appliquer ceux qu'il avait reçu.

-En avant, ordonna-t-il à mi-voix, juste assez fort pour être entendu. En silence.

Rasant les murs, l'escouade pénétra dans le village.
Il n'y avait toujours aucun autre bruit que celui de leurs pas, et l'ambiance était menaçante. Les armes étaient prêtes à tirer et les crosses étaient déjà solidement calée contre l'épaule. Les regards de tous les regards des soldats étaient braquées vers les fenêtres autour et au dessus d'eux.

Tous sauf le sergent, qui s'attardait sur les traces de combat.
Vus de près, les taches de sang s'étendaient de façon caractéristique. Quelqu'un avait traîné des corps vers la place... Étrange que les Azéris se soient donnés cette peine, et plus encore qu'ils n'aient pas utilisés leurs véhicules. Pourquoi traîner les cadavres sur une si longue distance quand il suffisait de les charger pèle-mêle dans un camion?
De nombreuses douilles tapissaient aussi au sol, trop pour un simple massacre. On s'était battu ici...
Prenant de courtes inspirations successives, il renifla. Poudre, sang et... Brûlé?
Alors qu'il réfléchissait en cherchant un sens à ces "indices", l'homme de tête arrivait au bout de la rue, jetant un coup d’œil prudent. Il poussa un juron étouffé, avant de faire signe à son chef d'approcher.

-Camarade sergent? Vous devriez venir voir ça. lui lança-t-il à voix basse.

A une trentaine de mètres au bout de la rue suivante, la place du village était en bonne partie visible. Les soldats Azéris se trouvaient là, devant l'église.
Plusieurs cadavres en uniformes et leurs armes étaient méthodiquement alignés le long du mur dans une macabre mise en scène. Une carcasse de camion était également visible, calcinée.
Le sergent hésita quelques secondes avant de se décider.

-Ça pue l'embuscade. Illich, Kalienkov avec moi. Les autres couvrez nous. Caporal si je me fait descendre, tu prends le commandement.

Glashian aurait put aisément expédier son subordonné à sa place, mais il voulait reconnaître le terrain lui même. Et s'il s'était très bien habitué à tuer, perdre ses soldats lui était encore trop pénible. C'est sûrement ce qui faisait qu'il n'était que sergent et le lieutenant Vassili un officier. Le russe, lui, n'hésitait jamais quand il estimait des pertes nécessaires à sa mission, et faisait ce qu'il fallait pour ne pas en faire partie.
Se traitant intérieurement d'imbécile, il s'engagea le premier dans la ruelle étroite qui menait à la place, les deux russes à sa suite.

Les maisons n'étaient espacées que de quelques mètres seulement, masquant le soleil et donnant l'impression d'être dans un couloir.
Maintenant fermement la crosse de son arme contre son épaule, doigt juste à côté de la détente, le sergent avançait à pas lents pour ne pas faire de bruit. Le silence oppressant amplifiait anormalement chaque son, des pas de ses camarades à son propre souffle.

Franchir la trentaine de mètres jusqu'à la place ne prit qu'une ou deux minutes, mais cela lui sembla une éternité.
Quand il déboucha sur la place, il se plaqua à nouveau contre un mur et fit signe à ses hommes de se poster à couvert tandis que lui même balayait l'endroit du regard.

L'église et six maisons formaient une sorte d'arène circulaire. Un transport blindé gisait en son centre, encastré dans ce qui avait dut être un puits. La tourelle avait été pulvérisée de l'intérieur, sans doute par une grenade jetée dans l'écoutille. Trois camions criblés d'impacts de balles ou complètement calcinés témoignaient de la violence des combats. Mais ce n'est pas ça qui concentra le regard du sergent.
Le long de la façade de l'église, une vingtaine de soldats Azéris étaient alignés avec une précision méticuleuse. Tous morts...

Rien ne bougeait. Ni embuscade, ni ennemi.

De loin, il fit signe aux hommes restés en arrière de les rejoindre, avant de ramener son attention sur la scène.
Pourquoi avoir traîné et exposés les corps de la sorte? Pourquoi devant l'église en particulier? Et pourquoi avoir soigneusement mis leurs armes avec eux?

Il se le demandait encore quand son escouade se déploya rapidement sur la place, se positionnant aussitôt pour couvrir toutes les directions.

-Sergent?

Le caporal Teliryan -dont John n'avait pas retenu le prénom- attendait ses ordres. Il n'hésita pas.

-Fouillez les maisons et vérifiez que tous les Azéris sont morts. Illich, Kalienkov, restez sur moi. On fouille l'église.

Les deux russes s'exécutèrent aussitôt et quelques secondes plus tard ils s'engouffraient tout trois dans la grande battisse.

C'était une construction ancienne, une merveille architecturale qui attirerait probablement nombre de touristes dans de longues années où la guerre ne serait qu'un vieux souvenir. Un glorieux souvenir peut être.
Pour l'heure c'était une tombe.

Dès leur entrée, l'odeur du sang, de l'essence et de la poudre les prit à la gorge. La lumière du soleil filtrait à travers les vitraux, éclairant le carnage.
Les villageois étaient tous là. Des femmes, des enfants ou des hommes trop âgés pour se battre. Ceux en âge de le faire étaient sans doute partis depuis longtemps... Laissant ceux qu'ils aimaient sans défense.
Les russes ne bronchèrent pas, passant sur les cadavres un regard détaché, professionnel. C'était des vétérans, ayant vus bien d'autres de ces massacres... Et peut être commis certaines.
Le sergent lui, eut du mal à fixer autre chose que les yeux grands ouverts qui semblaient pleins d'un vide effrayant. Enfin après de longues secondes il se signa et articula silencieusement une prière avant de s'avancer d'un pas hésitant, bousculant accidentellement du pied les douilles qui tapissaient le sol.

Les Azéris avaient dut les rassembler là pour les massacrer sans risque que leurs victimes ne leurs échappent. Ils avaient également jeté à terre la grande croix installée derrière l'autel vieux de plusieurs siècles et détruit celui ci à coups de masse avant d'arroser copieusement le tout d'essence.
Apparemment ils avaient étés interrompus avant de tout faire brûler...

Un tintement tout à fait audible retentit sur sa gauche, au fond de l'église. Aussitôt il leva son arme, imité par ses hommes.
Les piliers lui cachaient cette partie des lieux, mais il était sûr de ce qu'il avait entendu. Quelqu'un avait bougé. Quelqu'un de vivant sans doute.
Ami ou ennemi?

John fit signe à ses hommes de le couvrir et s'avança avec lenteur dans l'allée centrale, fusil à l'épaule. Il se concentrait au maximum sur ce qu'il faisait, tentant d'ignorer les corps qu'il enjambait, leur odeur qui imprégnait l'air, leurs visages figés dans la souffrance et la terreur.
Arrivé dans la nef, il trouva l'origine du bruit. Recroquevillé contre un des pilier de l'église, un homme en treillis était étendu sur le côté. Il avait rampé, laissant derrière lui une traînée de sang.
A un bon mètre de son bras tendu, un pistolet gisait sur les dalles. Tête levée, le soldat Azéris fixait l'arme, tentant de l'atteindre.
Le sergent s'approcha rapidement et la fit glisser au loin d'un coup de pieds.
Le blessé leva les yeux vers lui, des yeux suppliants. Manifestement il était à bout de force et avait perdu beaucoup de sang. Sans défense.
Le soldat -qui n'avait pas vingt ans- leva les mains, grimaçant de douleur.

-Anlamıyorum, Anlamıyo...

Illich arriva à ce moment là.

-Salement amoché. Il raconte quoi?

Tout en parlant, le russe s'approcha et retourna sans ménagement le blessé pour le mettre sur le dos, observant sa blessure au torse. Des coups de couteaux dans le flanc.
Glashian haussa les épaules.

-Je comprend rien à ce que ce porc de turc raconte. Peut être qu'il se rend ou une connerie comme ça. Il ne sert à rien.

Le russe sourit, recula et dégaina son pistolet, l'armant d'un geste souple pour le braquer sur le blessé. L'Azéri glapit mais Glashian intervint avant qu'il ne presse la détente.

-T'as quoi dans le crane? T'as pas sentit toute l'essence qu'il y a ici? Fait ça au couteau ou à la crosse. Pas d'étincelle.

Illich rengaina son arme avec un souriant toujours. Le blessé n'avait manifestement rien compris à l'échange et semblait soulagé. Il articula quelque chose dans sa langue à l'intention de son "sauveur".
Et puis il vit le russe dégainer son poignard. La lame se plaça sur sa gorge et glissa souplement, projetant une petite gerbe de sang, éclaboussant d'un peu plus de sang les pierres de l'église.
C'est à ce moment que John vit l'enfant. Debout derrière eux, il fixait la scène de ses yeux bleus, avec un détachement effrayant.



4 avril 2013, Cité du Vatican, Italie

Thème: Citae Vaticana (Death note - Coda death note)


Ses longues explications terminées, le père Mathieu avait quitté le bureau du cardinal, le laissant seul avec son secrétaire.

-Votre avis Gabriel?

Le prêtre parcourut rapidement ses notes du regard.

-L'affaire semble intéressante et suspecte. Mais tirer les choses au clair va nécessiter de la discrétion et de l'efficacité... Enquêter sur les Etats-Unis n'est jamais facile. Il faudrait quelqu'un qui connaisse le pays. Peut être...?

Le cardinal hocha de la tête, pensif, avant de regarder sa montre. Bien que son secrétaire n'ait pas donné le nom de l'agent auquel il pensait, il l'avait deviné sans mal.

-Je partage votre idée. D'autant qu'après ce qui s'est passé à St Petersbourg je pense que la commission apprécierait de voir l'agent Atorias se faire oublier sur une mission d'investigation loin de l'Europe et de la Russie... Vous pouvez vous charger des détails Gabriel? Sœur Ada doit déjà m'attendre et elle déteste qu'on soit en retard.

Gabriel sourit en guise de réponse et jeta un regard entendu à une des caméras de sécurité avant de quitter à son tour la pièce.
Le cardinal quand à lui s'approcha de la bibliothèque et manipula plusieurs libre rapidement, jusqu’à ce que le meuble pivote pour révéler un couloir dérobé. Il s'y engagea sans hésiter, laissant la "porte" se refermer derrière lui.
Sans hésiter il se dirigea sans hésiter vers une porte blindée semblable à la douzaine d'autres qui s'alignaient de part et d'autre du couloir bétonné qu'il déverrouilla en posant la main dessus.

Les murs de la pièce dans laquelle il pénétra étaient tapissés de miroirs. Elle ne comportait pour tout mobilier qu'un fauteuil de cuir aussi confortable que moderne et une grande table noire faite d'une matière qui semblait aussi lisse que de la pierre.
Tandis que ecclésiastique s'asseyait, la surface devant lui s'éclaira, révélant un écran tactile futuriste qui couvrait toute la surface de la table.

Descendant du plafond comme un serpent, une bulle sphérique accrochée au bout d'un bras mécanique articulé vint se placer face à lui. A travers le verre noir, on devinait la forme de caméras.

-Vous êtes en retard, lança une voix artificielle qui émanait de l'étrange sphère.

Manifestement la personne qui s'exprimait employait un transformateur de voix. Le cardinal sourit à la caméra, un air navré pour toute excuse.

-Et si nous commencions?

Sa main se posa sur la table tactile, faisant aussitôt s'afficher son nom et divers informations dont une version agrandie de ses empreintes digitales.
Un message supplanta une seconde tous les autres:

Identification: Cardinal Johann Bergsen. Accès au Librarium.

Dès que la phrase disparut, la table changea à nouveau d'aspect, affichant cette fois différents fichiers, un clavier tactile et divers autres données.
Apparemment satisfaite de cette formalité, la caméra serpent recula un peu.

-Ceci est un entretien destiné au dossier 091 567 des archives du Librarium, dossier personnel de l'agent Atorias. Pour les besoins de l'enregistrement, pouvez vous décliner votre identité?
-Cardinal Johann Bergsen, directeur en charge du cabinet noir.




Durant l'entretient avec le père Mathieu l'orage avait redoublé de violence et de grosses gouttes d'une eau froide mitraillaient le parvis de la basilique Saint-Pierre. Malgré ce temps exécrable, près d'une centaine de personnes déambulaient encore sur l'immense place, le plus souvent pour aller s'engouffrer dans la basilique ou s'en éloigner.
Parmi eux, un trio mal assortit marchait à pas rapides vers l'obélisque qui ornait le centre de la place. Francesco le colosse en costume tenait un parapluie noir qui protégeait le père Gabriel du déluge. Marchant en silence à côté de lui, le père Mathieu tenait le sien, noir lui aussi. Il avait froid dans son costume et ses chevilles étaient mouillées mais il ne se plaignait pas.
Arrivés près du monument, tous trois s'immobilisèrent.

-C'est ici que nous nous séparons. Assurez à Monseigneur Abasci que nous prenons cette affaire au sérieux et faisons déjà le nécessaire.

Il serra la main de son hôte, soulagé d'en avoir terminé.

-Un de mes amis viens vous chercher pour vous ramener à votre hôtel. Dieu vous garde Mathieu, et merci encore pour tout ce que vous avez fait.

Sans attendre de réponse, Gabriel tourna les talons, suivi de Francesco, laissant le prêtre seul, vaguement désorienté. Que devait il faire? Attendre ici? Et comment était-il censé reconnaître cet "ami"?
Il se traita intérieurement d'imbécile et se composa un visage de calme serein. De nouveau sa nature anxieuse tentait de reprendre le dessus... Il avait remplit son étrange mission. Bientôt il pourrait rentrer aux Etats-Unis, retrouver le quotidien bien remplit de sa paroisse. Définitivement l’atmosphère des lieux ne lui convenait pas, la faute au motif de sa visite sans nul doute.
Pourtant quand Monseigneur Abasci lui avait demandé ce service il avait accepté sans hésiter. Par orgueil qu'il l'ait choisit lui pour venir jusqu'à Rome rencontrer un "Prince de l'Eglise"? Ou à cause de l'admiration qu'il vouait à son évêque? Il se posait toujours la question quand une voix le fit sursauter.

-Père Mathieu?

Le prêtre fit volte face, surpris de la proximité de son interlocuteur. Le vacarme de la pluie l'avait empêché de l'entendre approcher.

-Heu... Oui? répondit-il d'une voix hésitante.

Un grand homme blond se tenait devant lui. Lui aussi tenait un parapluie, mais était mieux protégé du froid grâce à d'épais gants de cuirs et un long manteau noir qui protégeait un impeccable costume cravate.
L'ami du père Gabriel? Sa tenue ressemblait étrangement à celle de Francesco...
L'homme plongea la main dans sa poche pour en tirer une plaque d'aspect familier.

-Agent Benny, FBI.

Instinctivement, le prêtre recula, butant sur un deuxième homme à vêtu quasiment à l'identique. Son rythme cardiaque s'était brutalement accéléré.

-Et voici l'agent Nils, continua Benny avec un petit sourire en coin, tout en rangeant sa carte. Nous avons quelques questions à vous poser. Suivez nous.

La dernière phrase n'avait rien d'une interrogation. Pourtant le père tenta sans trop de conviction:

-Le FBI? Que se passe-t-il? Je suis en vacances...

La réponse fut sèche et sans appel.

-Suivez nous.

L'agent Nils lui fit un clin d’œil tout en sortant un paquet de cigarette avec un soin excessif, entrouvrant juste assez son manteau pour laisser voir la crasse d'un pistolet. Un geste qui n'avait rien de fortuit...
Vaincu, le père Mathieu emboîta le pas à Benny qui tournait déjà les talons, prenant la tête du trio. Sans crier gare, un inconnu déboula au pas de course et bouscula l'américain, manquant de peu de le faire tomber. Poussant un juron il se rétablit de justesse.
Sa carte plastifiée de membre du FBI n'eut pas cette chance, s'échappant de sa veste de costume pour finir sur le pavé.

-Scusi, scusi signore, s'exclama aussitôt le responsable de la bousculade en italien avant de continuer sa route.

L'agent poussa un nouveau juron, et ramassa prestement ses papiers, suivant son "agresseur" avec un regard mauvais.
Le choc avait dévié son parapluie l'espace d'une seconde et cela avait suffit à tremper son épaule. L'autre avait été protégé par son épais blouson gris et s'éloignait déjà d'un pas rapide.
Prit d'un subit soupçon, Benny vérifia la présence de son arme, son portefeuille et son portable, avant de faire signe à son acolyte de se remettre en marche.


A bonne distance, l'auteur de la bousculade s'éloignait toujours, disparaissant derrière les rideaux de pluie. Il avait le visage caché sous sa capuche et rentrait les épaules pour se protéger du déluge, mains rentrées dans les poches.
Une fois qu'il fut sûr d'être hors de vue des américains, il sortit un portable sur lequel il composa rapidement un numéro pré-enregistré. Sa main était gantée de noir.

-Atorias à l'appareil, lança-t-il en allemand dès que son interlocuteur décrocha. Deux américains sont en train d'emmener le principal. D'après leurs papiers il y en au moins un du FBI. Vos ordres?

Il écouta durant quelques secondes.

-Bien, ce sera fait. Je vous recontacte une fois le principal en sûreté.

Un sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu'il raccrochait et composait prestement un nouveau numéro.

-Bongiorno commissario... lança-t-il cette fois dans un italien parfait. Ici Atorias. J'ai un petit service à vous demander.




9 juillet 1993, plateau du Haut-Karabagh, Sud Caucase

Thème: civille bellum (Company of Heroes 2 - main thème)


Debout à l’écart de ses hommes, le lieutenant Vassili fumait tranquillement une cigarette tandis qu'ils achevaient de charger les derniers cadavres de soldats Azéris dans leurs camions. L'odeur forte du tabac peinait à chasser celle de mort qui saturait dans l'air.
Pensif, il suivit des yeux le véhicule qui quittait la place, se demandant une nouvelle fois qui avait bien put leur mâcher ainsi le travail. Leur propre État Major semblait le premier étonné et avait ordonné qu'ils restent sur place en attendant d'y voir plus clair. Quelques heures plus tard on lui avait signalé l'arrivée prochaine de plusieurs humanitaires occidentaux venus constater le massacre des civils et auditionner d'éventuels témoins. Une "procédure" devenue normale dans cette guerre qui se menait aussi par propagande auprès du reste du monde...
La journée ne lui inspirait finalement qu'un profond sentiment d'ennuis. Pas de combat.
Au moins personne n'était mort.
Enfin personne de son unité, rectifia-t-il avec un cynisme grinçant en balayant du regard les pavés rougis de sang.
Ses yeux dévièrent vers les hommes qui s'activaient près de l’église, dont ils avaient soigneusement refermé les portes au bois percé de plusieurs impacts.
Son regard s'arrêta particulièrement sur le sergent Glashian. Il réfléchit sans le lâcher des yeux, termina sa cigarette qu'il écrasa sous une botte impeccablement cirée avant d'interpeller le soldat le plus proche.

-Envoie moi le Yankee, camarade. ordonna-t-il, utilisant comme à son habitude l'anachronique appellation en vigueur dans l'armée rouge et toute l'URSS.

Tandis que le soldat exécutait son ordre, Vassili se prit une nouvelle fois à regretter la fin de "l'ancien temps". D'une époque où cette guerre stupide entre ces deux pays ridicules perdus au fond du Caucase n'existerait pas et où il ne devrait pas tolérer la présence d'étrangers dans sa propre unité.
Comme Glashian. Un américain sous le commandement d'un officier soviétique... Ou plutôt d'un ex-officier soviétique puisque l'URSS n'existait plus. Si l'histoire avait encore un sens, c'était sans nul doute le sens de l'humour.
Un bruit de moteurs attira son attention vers l'entrée du village. Sûrement le convoi des "humanitaires".
Quand le sergent arriva au pas de course et le salua, il ne prit même pas la peine de le regarder pour lui transmettre ses ordres.

-Des observateurs occidentaux arrivent sergent. Ils vont constater les crimes Azéris. Je vous charge de vous en occuper puisque vous parlez anglais. Vous connaissez la procédure sur ce genre de cas...

Il n'avait pas rendu son salut à son subordonné, pas plus qu'il n'avait cet fois employé le "camarade". Il se contenta de tourner les talons sans plus de cérémonie.
John le suivit d'un regard assassin en se gardant bien de répondre quoi que ce soit malgré les évidentes marques d'hostilité du russe. Il n'avait rien à gagner à entrer dans son jeu...

Quelques minutes plus tard, un camion orné d'une grande croix rouge pénétra sur la place du village. L'américain fit signe de stopper et vint à la rencontre du chauffeur qui descendait déjà souplement. Habillé d'un treillis beige, son gilet pare-balle était orné lui aussi d'un rond blanc et d'une croix rouge.

-Bonjour! lança-t-il en anglais. Sergent Glashian, des forces arméniennes du Karabagh. Le lieutenant m'a chargé de m’occuper de vous et de faciliter votre travail. Soyez les bienvenus.

Son interlocuteur lui serra la main, se présentant à son tour tandis que le reste de son équipe débarquait du véhicule.

-Je suis le père Johann, de Caritas.

Les autres humanitaires se présentèrent tour à tour. C'était tous des anglais de l'ONG CSW, à l’exception d'un médecin polonais et du prêtre, tous deux envoyés par Caritas.
Après que le sergent leur ait eu rapidement présenté ce qu'il avait vu, le groupe se scinda en deux. Les anglais héritèrent de la tâche peu enviable d'aller prendre des photos des victimes. John quand à lui guida leur deux collègues jusqu'à une des maisons. Ils voulaient d'abord rencontrer le survivant.

-Il ne dit rien. Pas un mot. Et le truc bizarre c'est qu'il ne comprend que le russe. Pas l'arménien... expliqua-t-il en enjambant la porte défoncée. Je ne sais pas si vous en tirerez grand chose mon père.

Un soldat montait la garde dans le couloir et salua les arrivants d'un signe de tête. Le sergent traversa le vestibule et s'engagea dans l'escalier qui montait à l'étage. On entendait un homme parler en russe, d'un ton calme et rassurant.

-N'ayez crainte mon fils, le rassura gentiment Johann. Le docteur Krizh et moi parlons bien cette langue.

John haussa les épaules.

-Lui parler n'est pas le problème. C'est plutôt que lui parle.

Le trio arriva à l'étage et s'engouffra dans une petite chambre, dont quelques indices laissait supposer que ça avait été celle d'un jeune garçon. Assis nonchalamment sur une chaise face au lit, les coudes et le menton appuyés sur le dossier, Illich faisait la conversation au garçon de l'église.
Fixant les nouveaux venus d'un regard suspicieux, le petit semblait aussi ouvert et à l'aise qu'un loup bloqué dans un angle de mur face à une meute de chiens. C'est tout juste s'il ne montrait pas les dents.
Illich quand à lui interrompit son discours, ses yeux naviguant rapidement des inconnus à son supérieur. Interrogatif.

-Les humanitaires, lui expliqua brièvement ce dernier, en guise de présentations. Vous voulez le voir seul je suppose? demanda-t-il à ses "hôtes".

Le prêtre acquiesça, et le sergent quitta la pièce en ordonnant au russe de faire de même. Le soldat hésita quelques secondes avant de se lever et de faire un pas vers la sortie, rajustant la bretelle de son fusil d'assaut.
Toujours silencieux le garçon suivait la scène.

-Je reste près de la porte, finit-il par lâcher, s'adressant autant à lui qu'au deux nouveaux venus. Prenez soin de lui, d'accord?

Le père Johann lui sourit avec gentillesse tandis que le docteur posait une grosse sacoche au pied du lit. Le soldat jeta un dernier regard à l'enfant puis quitta la pièce, les laissant seul.

-Bonjour, lança le médecin dans un russe teinté d'un léger accent.

Le garçon ne répondit rien, fixant le vide.

-Je m'appelle Krizh. Luc Krizh, insista-t-il. Et toi?

Il n'obtint aucune réaction.

-Je suis médecin. Tu me comprends?

Enfin ses efforts furent récompensés par un hochement de tête sans enthousiasme. Satisfait de ce maigre résultat, Luc posa son matériel sur le lit.

-Bon je vais t'examiner. Es tu blessé?

Les yeux du garçon continuèrent à fixer le vide mais il secoua négativement la tête.
Tandis que son collègue l'examinait sommairement, le père Johann observa leur "patient".
Il portait un short beige épais et de bonne qualité ainsi qu'un T-Shirt tâché d'un peu de sang mais semblé en bonne santé, et nourrit correctement. Son teint était clair, bien plus que les natifs de la région. Ses cheveux bruns étaient coupés courts, de fraîche date apparemment.
Ce qui frappa surtout le prêtre, c'est ses yeux bleus. Un regard qui ne reflétait ni peur ni tristesse, brillant parfois d'une lueur de défi. Un regard trop dur pour un enfant.

-Physiquement il va bien. Même pas d'écorchures ou de bleus, conclut Luc en allemand à destination de son collègue. Si blessure il y a elle est plus de ton ressort que du mien. A vu de nez je lui donne cinq ans. Peut être six. Et tu as dut voir qu'il ne venait pas du coin? Caractéristiques ethniques différentes. Nord européen ou russe je dirais.

Le prêtre acquiesça de la tête, pensif.

-J'ai vu. Voulez vous bien interroger le sergent Glashian capitaine? Je vais essayer de parler un peu avec lui.

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Ven 25 Avr - 21:33

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4 avril 2013, Cité du Vatican, Italie

Thème: Coniurationis (The Secret World - Main thème)


Dickson Graves était distrait. Il n'aurait pas dut l'être pourtant; tout ce qui aurait dut importer était sa mission. Sa première vraie mission hors du territoire.
Il aurait dut être aussi calme et concentré que durant les cours prodigués à la Ferme au lieu de laisser ainsi son esprit dériver sur des question inutiles. Et pour la troisième fois en quelques minutes, il se traita intérieurement d'imbécile.
Assis dans une voiture banalisée aux vitres teintées, il tenta à nouveau de percer la pluie des yeux, cherchant ses collègues parmi les silhouettes vagues qui déambulaient sur la place. Sans succès.
Dépité, il inspira une grande bouffée de tabac tout en jetant un regard de franche hostilité au talkie-walkie posé à côté de lui. Sa fenêtre était ouverte pour évacuer la fumée de la cigarette qu'il s'était allumée pour tenter de meubler l'attente.

Ses deux collègues étaient des agents expérimentés, qui le prenaient de haut sur une mission qu'ils jugeaient indigne de leurs compétences. Un boulot de baby sitter pour un nouvel agent inexpérimenté.
Dickson ne demandait pas mieux que de s'occuper d'un maximum de tâche sans leur aide, mais ils avaient préféré le laisser "surveiller les arrières", loin de l'objectif. En bref sa première mission se passait de la façon la plus ennuyeuse qui soit: attendre en tentant de deviner ce que faisaient les autres.
Son esprit dériva à nouveau, faisant fi de ses bonnes résolution. Pourquoi expédier trois agents de la CIA pour ramener un vulgaire prêtre à l'ambassade des États-Unis? Pourquoi leur fournir de faux papiers du FBI?
Dans un élan d'enthousiasme, le jeune homme avait pris soin de vérifier le fichier de leur "perdant".
Rien, néant. A peine de vieilles contraventions. Ce n'était ni un terroriste, ni un riche industriel ou un espion étranger. Juste un prêtre.
Le service originaire de la demande ne mentionnait aucun motif non plus, une unité paramilitaire qui semblait jouir de bons appuis au sein de l'Agence et du secrétariat d'Etat à la défense. Que rien ne semblait à priori justifier...
Quand il avait fait la remarque, "Benny", chef de la mission avait simplement haussé les épaules.

-T'es nouveau Dicks, lui avait-il dit. T'as encore des choses à apprendre sur le fonctionnement de l'Agence. Fait ton job et cherche pas à comprendre sur ce coup là. Des gros bonnets du Pentagone ont fait un caprice à propos de ce type et t'ont payé un voyage en Italie exprès, profite et apprend. C'est pas Kaboul ici. Tu te feras pas désintégrer par un barbu.

Ce nouveau rappel que lui avait l'expérience des zones de guerre et du danger suffit à Benny pour estimer le sujet clôt et ils n'en reparlèrent pas.

Voilà comment Dickson s'était retrouvé là, à se perdre en conjonctures et romanesques théories du complot dignes d'un livre de Ian Flemming pour tenter de comprendre le pourquoi du comment de sa mission et imaginer qu'il servait à quelque chose d'important. Sans grand succès.

Avec un temps de retard, il aperçut ses deux collègues et un troisième homme s'approcher de la voiture. Leur perdant sans doute... Tout se passait bien.
Puis un détail anormal dans son rétroviseur s'accapara son attention. Un groupe de policiers vêtus de cirés jaunes qui n'avaient pas bougé de leur abri depuis qu'il était là s'étaient subitement mis en mouvement passant à côté de la voiture avant de se séparer comme pour... Encercler ses collègues?
Plus loin, d'autres policiers semblaient eux aussi opérer un mouvement de tenailles.
Il hésita, jetant son mégot par la fenêtre. Son imagination devait lui jouer des tours. Après tout la police italienne n'avait aucune raison de leur chercher des noises. Sauf si ce type...
Indécis, il s'empara du talkie. Observa les mouvements des uns et des autres quelques précieuses secondes de plus avant de prendre sa décision. Ils étaient à moins de cinquante mètres de la voiture, et le piège se refermait dangereusement. S'il fallait agir c'était le moment ou jamais.
D'un geste déterminé il enfonça le bouton d'appel de l'appareil et ouvrit la bouche pour avertir ses deux collègues. Il failli y arriver.

Une douleur intense le traversa de part en part à cet instant, l'empêchant d'articuler quoi que ce soit. C'était comme un flash, une souffrance qui raisonnait dans chacune de ses cellules. L'instant d'après il sentit tous ses muscles se relâcher, le laissant totalement sans défense.


Varig n'avait mit que quelques secondes à repérer le véhicule des américains. Cela ne lui avait causé aucune difficulté il lui avait suffit de suivre approximativement la direction qu'ils avaient prit pour repérer son "client".
Costume impeccable, impatience manifeste, vitres teintées, véhicule immobilisé... Difficile de faire plus flagrant. Le moteur ne tournait même pas. Typique de l'arrogance des agents américains de se croire intouchables ici.

Sa proie lui avait en outre considérablement facilitée la tâche en ouvrant sa vitre pour fumer, nouvelle illustration des dangers de la dépendance au tabac.

D'un regard rapide il vérifia la position du reste des agents sur la place. Ils étaient au bon endroit, et les policiers aussi. Timing parfait.
Accélérant le pas, il s'approcha dans l'angle mort du conducteur qui fixait la place. La pluie couvrait le bruit de ses pas, l'effet de surprise serait total.
L'américain laissa soudain tomber sa cigarette dans une flaque et se pencha pour récupérer quelque chose sur le siège passager. Une ouverture idéale pour frapper.
Tête baissée pour masquer son visage, mains dans les poches, Varig franchit les derniers mètres le séparant de sa proie en saisissant le taser qui s'y trouvait. Puis il l'applique d'un geste ferme sur la gorge de l'homme qui portait un talkie à sa bouche, écrasant la détente et déchaînait 50 000 volts d'énergie pure. Sa victime tressauta avant que tous ses muscles ne s’amollissent brusquement.
Rangeant son arme, son agresseur l'empêcha de s'effondrer sur son volant et entreprit de fouiller rapidement sa veste. Malgré ses gants il agissait avec dextérité et précision, témoignant d'une longue pratique. L’agression avait était littéralement foudroyante et sans avertissement...
Tout l'inverse de la réaction des collègues du chauffeur.

-Vous là-bas! Qu'est ce que vous faite!? Éloignez vous de la voiture! Hurla l'agent qu'il avait bousculé un peu plus tôt et qui s'approchait déjà au pas de course, tentant de se faire entendre malgré la pluie.

Satisfait de s'être emparé du portefeuille et du pistolet de sa victime, il obtempéra, reculant d'un pas... Pour repartir le plus tranquillement du monde en tournant le dos à la menace.

-Stop! Stop ou je tire!

Un grand sourire se dessina sur ses lèvres alors que d'autres cris en anglais et en italien raisonnaient derrière lui. Une bonne dizaine de personnes aboyaient des ordres en même temps.
Trop facile songea-t-il sans même accélérer le pas.



Au même moment, non loin de là, l'entretien entre sœur Ada et le cardinal commençait pour de bon.

-J'aimerais tout d'abord que vous me parliez de votre première rencontre avec l'agent Atorias. Le Librarium mentionne qu'elle a eu lieu en juillet 1993, dans le Caucase. Pouvez vous en dire plus?

L’ecclésiastique acquiesça de la tête, se plongeant dans ses souvenirs comme pour bien se remettre en tête chaque détail. En réalité il ne faisait que choisir la formulation la plus adaptée et les éléments à omettre.

-Bien sûr, finit-il par répondre. J'avais été dépêché dans le Caucase par le cabinet noir au sein d'une équipe de Caritas afin... D'observer la situation sur place. La guerre du Karabagh. C'est dans ce cadre que j'ai rencontré Atorias. C'était le seul survivant d'un village détruit par les troupes azéries.
-Et depuis cette rencontre, il est resté avec vous. Le dossier ne mentionne rien de ce qui s'est passé durant l'année suivante, pouvez vous m'éclairer sur ce point?

Un petit moment de silence s'établit et se prolongea tandis que Johann réfléchissait, les yeux dans le vague. Ce fut la voix artificielle de sœur Ada qui le tira brusquement de ses souvenir.

-Voulez vous bien répondre à la question?

Penaud, l'éclésiastique se passa la main dans les cheveux.

-Pardon. Mon travail dans le Karabagh était terminé et j'avais cet enfant en charge. J'ai donc recherché sa famille, qui ne semblait pas avoir périt sur place. Lui ne se souvenait de rien sinon de son prénom... Nous sommes allés en Arménie, en Azerbaïdjan puis en Russie. mais malgré quelques vagues pistes je n'ai jamais retrouvé sa famille.

Il hésita sur la façon dont expliquer ce qui s'était passé quand il avait compris qu'il ne trouverait sûrement jamais cette mystérieuse famille et serait réduit à quelques vagues hypothèses. Comment résumer sa réflexion? Comment expliquer les changements qu'il avait constaté chez le jeune garçon au fur et à mesure de leurs voyages, tout le potentiel qu'il lui avait découvert... Et quand le "mon père" était devenu un simple "père", sans même qu'il s'en aperçoive.
Il se demanda de nouveau pourquoi il avait dès le début écarté la solution la plus simple et rationnelle: confier l'enfant à un orphelinat russe ou arménien puis poursuivre sa vie en le laissant faire de même.
Son interlocutrice le tira fort opportunément de ce mauvais pas par une nouvelle question:

-C'est là que vous avez décidé de l'adopter. Et il a suivi votre route, devenant à son tour un agent du cabinet noir. Que pouvez vous me dire de sa jeunesse?

Le cardinal ne répondit pas immédiatement, passant sa main sur la table tactile. Ses yeux parcoururent rapidement les notes égrainant sobrement les années du futur agent. Des années agitées...

-Varig... L'agent Atorias, finit-il par lâcher, est atteint d'une pathologie rare, l'hyperthymésie. En termes simples il n'oublie rien. Chaque seconde de sa vie reste gravée dans mémoire... Cela a commencé peu de temps avant notre rencontre, quelques heures. Le traumatisme peut-être. Quoi qu'il en soit il a toujours su s'en servir comme d'un don, et a remarquablement bien réussi à conserver un certain équilibre vis à vis de son passé.

Sœur Ada le recadra gentiment.

-Oui, son dossier mentionne qu'il est atteint d'une forme de dissociation d'identité. Mais nous nous éloignons du sujet. D'après le fichier du Librarium, Atorias a fréquenté près de 6 établissements différents dans autant de pays. Un an à l'école enfantine en suisse, près de votre maison familiale, trois ans d'école primaire en Argentine... Chicago, les Philippines, Hong-Kong, la Pologne, la Russie... Drôle de scolarité.

Le cardinal sourit, comme amusé de la question informulée.

-Mon travail m'obligeait à me déplacer et son... "Don" lui facilite considérablement l'adaptation et l'apprentissage de langues nouvelles. Quand aux papiers il n'est pas difficile de s'en procurer avec les moyens et les contacts du cabinet noir. On ne se méfie que trop rarement d'un enfant et il n'a jamais eu de problème. Ces années de lycée il les as passé dans l'école des cadets de Saint-Pétersbourg, celle qui forme les futurs agents du FSB russe et personne n'a rien soupçonné.

Il y eut à nouveau de longues secondes de silence. Sans doute son interlocutrice notait elle quelque chose, ou bien réfléchissait-elle.

-Je lis qu'il parle... 15 langues. A pratiqué divers sports de combat depuis l'enfance... A reçu quelques notions plus tard au sein de la garde suisse au maniement des armes à feu, tactiques militaires, protection rapprochée et... Au déminage au cours d'un stage du GIS italien avec le FBI. Spécialiste du combat rapproché, résultats passables au tir. Résultats très supérieurs à la moyenne sur le terrain. Nombreux succès en mission, bonne capacité d'improvisation mais tendance à un usage excessif de ses compétences.

Johann constata avec soulagement que comme convenu, elle n'avait pas mentionné l'année passée par le jeune homme au sein des Custodiens, un groupe mercenaire mené par un ancien capitaine des gardes suisses. Cela restait un souvenir douloureux pour lui, comme une cicatrice entre eux. Surtout pour Varig qui n'oubliait rien de ce qui c'était dit à cette époque.
Il fallait lui reconnaître que la meilleure part de son entraînement s'était faite là bas, au sein de vétérans venus des quatre coins du monde, unis autour de Dieu et leur capitaine. Des soldats aux dessins étranges auxquels l'Eglise faisait parfois appel en secret pour régler des situations de guerre inexpugnables autrement.
Contrairement à ce qu'il craignait, Varig était finalement revenu plus fort et déterminé que jamais. Mais ce qui c'était passé là bas restait, comme un non dit qu'ils devraient un jour affronter...

-Que pouvez vous me dire du mode de pensée l'agent Atorias?

A cette question l'esprit du cardinal se concentra, cherchant une façon claire de présenter un sujet si complexe. L'enfant au regard dur avait grandit, apprit à s'intégrer et ne pas se faire remarquer. La plupart du temps, il vivait son rôle de jeune homme jovial et ouvert, peut être sincèrement. Pourtant la perfection qu'il mettait dans ses couvertures laissait craindre autre chose.
Même enfant, jamais Johann ne l'avait vu pleurer. Dans la difficulté ou la douleur, ses yeux reprenaient toujours cet éclat effrayant, pleins d'une colère glacée. L'utilisait-il seulement à son avantage quand ses simples forces trouvaient leur limite ou ce puits de haine était-il toujours là, contenu sous un masque de normalité?
Le cardinal n'était plus sur le terrain mais savait lire entre les lignes des rapport qu'il recevait. Et au cours de certaines missions il aurait juré que ces penchants destructeurs avaient été source de bien des problèmes.

-Il est déterminé, a du sang froid, un excellent esprit d'annalyse et de l'expérience. Il s'infiltre facilement, sait se montrer agréable et sait s'adapter aux événements... Ou leur forcer la main si nécessaire. Parfois il manque un peu de... Mesure. La conséquence de son zèle à servir l'Eglise je suppose.
-Et à obtenir votre approbation.

La dernière remarque était quasiment un coup bas, mais à la réflexion il était nécessaire qu'ils en parlent. Ce que la sœur ignorait c'était qu'il cherchait plus que son affection ou sa fierté; il cherchait le pardon. Mais cela il ne le mentionna pas.
Décidément, songea-t-il non sans ironie, cet entretien serait plus remplis de secrets et de questions que de vraies informations.




A la surface, le père Mathieu marchait d'un pas rapide pour rejoindre l'homme au blouson. Il agissait sans réfléchir, comme mécaniquement.
Tout s'était passé trop vite. Sans raison apparente, l'agent Benny s'était mit à hurler puis avait sortit son arme, visant l'homme encapuchonné qui l'avait bousculé un peu plus tôt et se trouvait mystérieusement devant eux. Quelques secondes plus tard une dizaine de membres de la gendarmerie du Vatican étaient intervenus de façon musclée, dégainant leurs propres pistolets et désarmant les deux agents américains qui furent promptement menottés et emmenés sans ménagement malgré leurs cartes du FBI.
Quand un des policier avait ordonné au prêtre médusé de suivre l'homme au blouson gris qui disparaissait déjà dans le rideau de pluie, il n'avait pas plus pensé, obéissant sans hésiter pour se lancer à la poursuite de ce parfait inconnu, abandonnant ses compatriotes.
Un entretient privé avec un mystérieux cardinal au cœur du Vatican, des agents du FBI, des policiers... Clairement cela faisait trop pour qu'il puisse penser rationnellement et continuer à agir comme si de rien n'était. Aussi avait il décidé "d'éteindre" son cerveau, se contentant de se laisser porter par les événements.
C'est donc sans un mot, frissonnant à cause de son costume trempé par la pluie battante -où diable avait put passer son parapluie?- qu'il suivit l'homme au blouson jusqu'à une voiture banale dans laquelle ce dernier s'engouffra sans un regard pour lui. Fatigué par les événements et ce trajet depuis la place, qui lui avait semblé aussi long que l'ascension de Jésus sur le Golgotha, le prêtre se hâta de grimper à son tour à bord, espérant vaguement être attendu.

-Seigneur, lâcha-t-il en se laissant tomber sur le siège passager avant de claquer sa portière en frissonnant. Plus jamais, plus jamais.

A côté de lui, l'homme au blouson émit un petit rire tout en ôtant sa capuche.

-Et bien mon père, il semblerait que vous ne soyez pas près d'oublier votre séjour à Rome, lança-t-il d'un ton amusé dans un anglais impeccable.

Il retira un de ses gants de cuir noir pour lui tendre la main.

-Je m'appelle Varig. Le père Gabriel m'a chargé de m’occuper de vous. Excusez mon retard mais vos compatriotes m'ont compliqué la tâche.

Encore un peu confus, Mathieu bredouilla un remerciement, tout en détaillant son "guide". C'était un jeune homme aux cheveux noirs et au visage souriant qui portait de petites lunettes rectangulaires. Ses traits étaient fins et il avait des yeux bleus qui brillaient d'une lueur vive amusée. Sa poignée de main était ferme mais il ne pouvait rien voir du reste de sa musculature à cause des vêtements épais qu'il portait mais quelque chose lui disait qu'il était sportif. Il n'était ni vraiment grand ni petit, mesurant sans doute un peu moins d'un mètre quatre-vingt.

Dès qu'il lui eut lâché la main, Varig ôta ses lunettes constellées de gouttes de pluie et les essuya soigneusement à l'aide d'un mouchoir. Puis il remit son gant et rabattit sa capuche sur son visage.

-Il y a un imperméable sur le siège arrière, voulez vous bien le mettre? demanda-t-il avec gentillesse. Je préfère que nous restions discrets.

Sans rien ajouter il alluma le moteur et exécuta une marche arrière impeccable avant de partir sans hâte dans les rues de Rome tandis que son passager se couvrait.
Rapidement le chauffage du véhicule se mit en route, ramenant une température plus agréable dans l'habitacle qu'il accueillit avec soulagement.
La tension était un peu retombée, et il remercia le seigneur d'une prière silencieuse. Il ne savait pas dans quoi il s'était exactement mis, mais il à posteriori il se dit que s'il avait suivit les deux agents du FBI, il aurait peut être lui aussi été accusé de terrorisme. Inexplicablement l'inconnu lui inspirait confiance.
Ce dernier finit par rompre le silence alors qu'ils s'engageaient sur un acrrefour un peu encombré.

-Parlez moi de l'affaire, mon père. L'arrestation.

Cette fois le ton était sérieux. L'américain hésita quelques secondes.

-Je ne suis pas censé en parler. A personne.

Un silence embarrassé suivit, se prolongeant une longue minute. Aait-il mécontenté son "ange gardien"? Avec sa capuche impossible de savoir.
Quand la voiture s'arrêta à un feu Varig se tourna enfin vers lui.

-Bonne réponse, fit-il en le gratifiant d'un clin d’œil amical. Vous êtes un simple touriste en vacances, rappelez vous.

Et il alluma l'autoradio qui se mit à diffuser un orchestre classique à volume réduit, comme pour clore la question.

-L'orage, de Tchaïkovski, commenta-t-il. Bien adapté au temps je suppose.

Le trajet à travers Rome se poursuivit sans parole, mais dans une ambiance plus chaleureuse. Deux morceaux du compositeur russe plus tard, leur véhicule entrait dans le garage souterrain d'une grande maison dont le prêtre aurait été bien incapable de situer l'emplacement.
Varig descendit le premier, ôtant son manteau et alla s'essuyer les chaussures sur un paillasson.

-Je reviens attendez moi ici.

Et il disparu dans la maison. Se sentant vaguement ridicule dans son costume froissé et rendu collant par la pluie, le père Mathieu tenta sans grand succès de se débarrasser de l'humidité désagréable qui imprégnait le tissu. Les quelques minutes que mirent le jeune homme à revenir n'y suffirent manifestement pas.
Quand Varig entra à nouveau dans le garage il était accompagnée d'une jeune femme portant un simple foulard et une grosse croix noire à bordure argentée autour du cou. Une religieuse?

-Sœur Annelise parle un peu anglais, expliqua-t-il, confirmant sa première idée. Elle vous montrera votre chambre et vous donneras de quoi vous changer. Restez là bas et n'en sortez pas, d'accord? Je vous rejoint tout à l'heure.

Sans attendre de réponse il tourna les talons, manifestement pressé. S'orientant sans hésiter dans les couloirs de la grande maison, il traversa un couloir puis un grand salon, passa devant une cuisine à la porte grande ouverte où plusieurs sœurs s'activaient au côté de deux hommes, sans doute eux aussi des religieux.
Il les salua en allemand mais pris garde de ne pas ralentir, montant les escaliers quatre à quatre. Ses pas ne produisaient étrangement aucun son sur le parquet, pas le moindre craquement. Il était parfaitement silencieux, comme pour ne pas troubler le calme des lieux.
Arrivé au deuxième étage il sortit une petite clé et s'enferma dans une des pièces.

C'était une chambre d'aspect simple et fonctionnel. Le mobilier se composait en tout et pour tout d'un lit, d'une table de nuit, de deux armoires, d'un bureau et d'une chaise. La fenêtre était fermée et les rideaux tiré. Unique élément décoratif un crucifix était cloué au dessus du lit.
Une seconde porte menait sûrement à une petite salle de bain.
Varig suspendit son manteau à un crochet prévu à cet effet, et en tira le portefeuille "emprunté" à l'agent américain qu'il jeta négligemment sur le lit. Puis il sortit le pistolet. Il manipula rapidement l'arme, éjectant son chargeur avant de tirer la culasse vers l'arrière pour extraire la balle déjà chambrée. Mais aucun munition ne tomba, à sa grande surprise. Son propriétaire ne l'avait donc pas armé... Amateur.
Un coup d’œil à l'arrière d'une des douilles et l'aspect général du pistolet lui suffit à reconnaître un Glock 22, une arme de poing courante chez les forces de l'ordre américaines.
Satisfait de son examen, il s'approcha du bureau et le rangea avec ses munitions dans un double fond aménagé au fond d'un des tiroirs avant de s'emparer d'une sorte de "batte de cricket" grise mat, dotée d'un écran et de boutons.
Il l'alluma, déclenchant un vrombissement, et le passa au dessus du pistolet, puis du portefeuille de l'agent et de son propre manteau. Satisfait du résultat il l'éteint et le remit à sa place.

Cette formalité accomplie il sortit tous les papiers du portefeuille, dédaignant l'argent. Écartant une liasse de dessins au crayon d'une précision étonnante, il s'assit au bureau et étudia rapidement son butin. Carte du FBI, carte de crédit, quelques numéros de téléphone...
Cette tâche achevée il se leva et sortit son portable. Il retira son T-shirt légèrement humide qu'il posa sur le dossier de la chaise révélant une musculature bien dessinée qui trahissait un entraînement quotidien. Loin d'être un colosse, c'était tout de même un sportif accomplis.
Sans tarder, il composa un numéro sur le portable. Il semblait n'en avoir enregistré aucun dans un quelconque répertoire, faisant plus confiance à sa mémoire absolue qu'à l'électronique.

-Atorias à l'appareil, lança-t-il toujours en allemand dès que son interlocuteur eut décroché. Le père Mathieu est en sûreté.

Son correspondant répondit aussitôt dans la même langue.

-Excellent. De notre côté nous avons sous clé les "agents du FBI". On va bientôt les relâcher.

Le ton du père Gabriel sur ces derniers mots fit sourire Varig qui s'étira.

-CIA je parie?
-En effet. J'ai discuté avec un de mes amis à Langley. Le père Mathieu ne sera pas inquiété et cette affaire enterrée. Quelqu'un au Pentagone avait apparemment transmis qu'il détenait des informations touchant à la sécurité nationale. Cette ville de Madison semble vraiment rendre nos amis d'outre-Atlantique nerveux... De toute façon je ne suis pas sûr que les Italiens auraient apprécié de savoir que des opérations clandestines se mènent sur leur territoire sans leur accord et c'est le responsable de la mission qui en subirait les conséquences. Oublier l'affaire arrange tout le monde. A ce propos, vous étiez obligé de "neutraliser" leur chauffeur?

Le jeune homme haussa les épaules, manifestement peu repentant.

-Il fallait bien qu'ils sortent leurs armes pour les arrêter. Et j'ai mis la main au passage sur quelques papiers intéressants pour de futures opérations.

Il hésita et s'assit sur le lit. Son visage semblait hésiter entre plusieurs expressions, comme s'il cherchait à se donner contenance. Après quelques secondes de débat intérieur il se jeta à l'eau.

-Qu'en dit père?

Son correspondant lui n'hésita pas.

-Il m'a laissé régler les détails. Peut être ne lira-t-il même pas le rapport.

Il y eu quelques secondes de silence. C'était un mensonge bien sûr, et ils le savaient tous les deux. Le cardinal lisait toujours les rapports.
Varig se demanda vaguement quelle motivation avait le père Gabriel. Avait-il reçu consigne de lui dire cela?

-Qu'a-t-il dit à propos de St Petersbourg? finit-il par demander d'une voix neutre en ôtant ses lunettes.
-La commission n'a pas beaucoup apprécié l'incident. Le cardinal pense que tu devrais te faire oublier quelques temps sur une mission plus calme, mais il te félicite pour ton succès. Sœur Ada va s’occuper de te transmettre les détails pour le transit et ta couverture par la voie habituelle. Tu part pour la France demain, puis en Grande Bretagne et de là une fois tu prendras l'avion pour les Etats-Unis sous ta nouvelle identité. D'ici là garde un œil sur le père Mathieu.

Il sembla hésiter, puis lâcha comme à regret:

-Le cardinal t’appelleras sûrement dans la soirée mais pour ce qui est de votre dîner...

Varig grimaça. Vu la présence des agents américains, leur repas tombait à l'eau. Apparemment les retrouvailles attendraient...
Au moins il échappait à la mission initialement prévue en Somalie. Il détestait l'Afrique. Trop de violence et pas assez de moyens de passer inaperçu.

-C'est dangereux de nous voir avec la CIA dans le coin. Je comprend. A bientôt Gabriel.
-Dieu te garde, lui répondit-il avant de raccrocher.

Varig posa le portable à côté de lui puis se leva et marcha jusqu'au bureau, saisit un crayon et la liasse de dessins.
Il devait encore prendre une douche et retourner voir le père Mathieu, mais il voulait d'abord terminer ceux-ci. Étrangement depuis qu'il avait enlevé ses lunettes son expression semblait plus dure, concentrée. L'éclat rieur qui brillait dans ses yeux peu avant avait disparue.

Tous les croquis, au nombre d'une trentaine, représentaient des décors réalistes, avec un nombre impressionnants de détails. Tandis qu'il les passait en revue, une scène se reconstituait.
Sur l'un d'eux on pouvait observer une rue enneigée dans un quartier d'immeubles vétustes, où un écriteau en russe trahissait le pays représenté. Le cadran d'une moto était visible, comme si l'on avait été derrière les yeux de son pilote.
Un autre dessin montrait une ruelle toujours enneigée où la moto avait été soigneusement garée. Une main gantée tirait la culasse d'un pistolet et l'étui d'une balle était visible dans la chambre. Quelques coups de crayon pouvaient suggérer qu'il portait encore son casque.
Varig sauta plusieurs pages, pour arriver à celle qui l’intéressait, un croquis cette fois très dynamique. Le protagoniste avait saisit la culasse d'un pistolet que tenait fermement un homme vêtu de noir tandis que son autre main venait frapper sa gorge.

L'agent se repassa mentalement la scène, se remémorant chaque détail avec une précision extraordinaire.
La chaleur à l'intérieur de son casque de moto et le froid sur ses poignets traversant l'épaisse veste noire. Le bruit de son souffle régulier alors qu'il progressait avec précaution dans le tunnel.
Le russe avait débouché d'une porte latérale à deux mètres devant lui, pointant aussitôt son arme vers lui, aboyant de s'arrêter.FSB cria-t-il également, essoufflé par la course qu'il vient de faire.
Varig s'immobilisa docilement, levant les mains comme pour se rendre. Il fit un pas en avant, se lançant dans de longues explication en russe pour pousser son adversaire à faire le pas de trop...
Puis il bougea, foudroyant. Quand le coup de feu claqua, sa tête était déjà sortit de l'angle de tir, et la balle va se perdre dans les antiques murs du métro de St Petersbourg. Il était déjà à l'intérieur de la garde du russe, qui pressa inutilement la détente deux fois supplémentaires.
Varig avait dévié son arme par le canon tout en abattant le tranchant de la main sur sa gorge avant qu'il ne puisse faire que ce soit.
L'achever de deux coups de genoux au bas ventre et s'approprier le pistolet d'une simple torsion n'était plus qu'une formalité. Le russe recula, chancelant, fit mine de se mettre en garde malgré la douleur mais il avait encore une fois un temps de retard. La crosse de son propre pistolet vint le cueillir en pleine tempe et il s'effondra sur les rails, cette fois bel et bien hors de combat.
La mêlée n'avait pas durée trois secondes et Varig pointait déjà le pistolet sur le torse de l'agent russe. A cette distance, vu son état il était peu probable qu'il se relève, mais la prudence ne coûtait rien. Il hésita une seconde puis manipula rapidement la culasse pour éjecter toutes les balles du chargeur. D'un geste précis il appliqua une pression sur une des vis du pistolet et jeta les deux parties désormais inutiles.
Ceci fait il se pencha sur sa victime dont il fit rapidement les poches, s'appropriant taser, portefeuille et bâton télescopique avant de la tirer hors des rails.

Posément, il ajouta quelques coups de crayon au dessin. Quelques centimètres d'un tatouage géométrique émergeaient maintenant du col du malheureux agent du FSB.
Satisfait, il passa rapidement la suite des événements; le quai du métro, une foule, un train, un port, un bateau...
Puis il rangea le tout dans une grande enveloppe, qu'il inséra dans une autre accompagnée d'une lettre rédigée à l'avance et partit se doucher.
Sur le papier beige, on pouvait lire l'adresse d'une grande banque suisse.




11 avril 2013, Aéroport international de Heathrow, Londres, Royaume-Uni

Thème: Varig (Ghost Recon Future Soldier 2 - Menu thème)


En cette fin de matinée, le grand terminal de l'aéroport britannique était parcouru par des centaines de voyageurs d'apparence et d'origines d'une incroyable diversité.
Patientant dans une file de voyageurs à l'embarquement, Varig suivait avec intérêt les vas et viens cette foule hétéroclite. Il était sûrement l'un des rares à pouvoir comprendre la plupart des langues parlées par les voyageurs, bien que certaines lui reste incompréhensible, et écoutait de toutes ses oreilles.
Il aimait bien cette ambiance agitée. Elle lui fournissait des sources inépuisables de dessins et croquis, tout en ayant quelque chose de très sécurisant. Les joies de l'anonymat...

Son regard suivi quelques secondes un gamin à la peau sombre qui pleurnichait en arabe avant de s'attarder sur un homme d'affaire pendu à son portable qui négociait un prolifique contrat en Mandarin. Il était pratiquement en train de menacer son interlocuteur quand une autre voix interpella Varig en anglais.

-Monsieur Cross?

Le jeune homme sursauta, se tournant brusquement vers l'employé de l'aéroport.

-Il me faut votre billet monsieur, expliqua-t-il patiemment.

L'agent lui tendit le précieux sésame, jeta un dernier regard à l'homme d'affaire qui raccrochait rageusement avant de passer le portique de sûreté.
Juste avant le sas de l'avion un petit groupe de policiers contrôlaient les papiers des voyageurs. Tous portaient un gilet pare-balle dont Varig identifia sans difficulté le modèle et estima machinalement les performances, plus par habitude que par nécessité; il n'avait aucune intention de s'en prendre à eux.
Quand il arriva à leur niveau, un des policiers jeta un coup d’œil rapide à son passeport et aux multiples tampons qui y étaient apposés.

-Les Philippines, hein? Vous avez fait un long voyage...demanda-t-il en lui rendant le passeport frappé de l'aigle des États-Unis, manifestement de bonne humeur.

Varig sourit en récupérant son bien, le faisant disparaitre dans son long manteau. Comme toujours le cabinet noir avait fournit des faux papiers impeccables. Son costume cravate noir et son allure sérieuse devait aussi jouer.

-Je travaillais comme traducteur là bas, mais le pays commençait à me manquer. répondit-il avec un accent américain parfaitement imité et la même bon humeur.

Il avait l'habitude des forces de l'ordre, autant de par les nombreuses fois où il leur avait échappé que par les entraînements qu'il avait suivi au côté de militaires ou de policiers. Aussi était-il décontracté lors de ce genre de formalités.

-Alors bon retour chez vous. conclut le policier en lui faisant signe de passer.

Varig prit le temps de lui souhaiter bon courage avant de monter dans l'avion et de rejoindre sa place. Il n'avait qu'un billet de seconde classe mais avait tenu à réserver un hublot et n'aurait donc pas à jouer des coudes pour espérer en obtenir un.
Avant même que l'avion eut décollé il tira un livre de son attaché case et l'ouvrit, faisant défiler les pages jusqu'à celle où il s'était arrêté.
Un autre avantage de sa mémoire absolue: inutile d'utiliser un marque page.

Il avait choisit de passer le vol en compagnie d'un auteur américain à succès. Il lisait de nombreuses langues et de nombreux genre mais pour la douane américaine mieux valait passer aussi inaperçu que possible jusque dans les moindres détails. Ces types croyaient en la sécurité comme le pape croyait en Dieu, et la paranoïa semblait être le critère de recrutement majeur de bon nombre d'entre eux.
Laissant là cette déprimante réflexion il se plongea dans l'intrigue du roman, ne s'interrompant que le temps de saluer poliment son voisin, l'homme d'affaire qu'il avait entendu téléphoner dans le hall. Du coin de l’œil, il le détailla néanmoins soigneusement. Les businessman internationaux finissait rarement en seconde classe, et si le hasard d'une réservation de dernière minute pouvait facilement expliquer sa présence, Varig avait apprit à ne jamais ignorer les signaux d'anormalité dans son environnement aussi anecdotiques soient ils. Parfois c'était le seul signal d'alarme qu'il y avait.

Au bout de deux heures de vol, il se désintéressa de son livre pour plonger son regard dans la mer cotonneuse qui s'étendait quelques milliers de mètres sous l'appareil.
Son esprit dériva et comme souvent, c'est un souvenir qui occupa ses pensées.

-Tu dois savoir à quoi tu t'engage. Et qu'il n'y aura pas de retour en arrière.

Le soleil éclatant qui filtrait à travers le vitrail qui ornait le bureau du cardinal. L'odeur du bois et une légère touche d'encens. Les activités de l'après-midi. Tout jusqu'à ses propres expressions était parfaitement inscrit dans sa mémoire, comme toujours.

-Le cabinet noir existe depuis la renaissance, avait poursuivit son père comme il se plaisait à l'appeler, à défaut que se titre soit issu d'une vérité biologique. Il a considérablement évolué dans ses méthodes et ses... Alliances dont certaines furent regrettables. Mais l'objectif subsiste: œuvrer dans l'ombre à protéger l’Église. C'est un travail difficile et exigeant, tu dois le savoir aussi.

Le jeune garçon qu'il était alors acquiesça une nouvelle fois de la tête, buvant ses paroles. Pour la première fois, il entrait officiellement dans les secrets de père, dans un monde qu'il n'avait jusque là qu'effleuré.
C'est au cours de cette conversation qu'il avait accepté de rejoindre le cabinet noir. Il avait alors quatorze ans. Tous les fils veulent que leur père soient fiers d'eux et ce choix semblait alors une évidence.
Mais tôt ou tard, la créature pour s'achever doit se retourner contre son créateur, pensa-t-il avec amertume. C'est une loi naturelle et incontournable.
Il avait dix-neuf lorsqu'il avait déserté pour rejoindre les Custodiens.


11 avril 2013, localisation classifiée, quelque part en Europe de l'est

Thème: Custodiens - Deus Vult! (Riptide musique - Lock and Loaded)

Il faisait froid sous les grands arbres qui étendaient leur ombre sur les montagnes.
Dans la vallée saupoudrée de neige, le fracas des fusils automatiques raisonnait par intermittence, réverbéré par le relief.
Entre les arbres, plusieurs silhouette progressaient souplement sur un parcours d'obstacle agrémenté de cibles placées à divers distances qu'ils touchaient presque toujours.
Cagoulés, sans aucune marque d'identification sur leurs uniformes camouflage, les soldats agissait avec les réflexes que procure l'entraînement intensif, concentrés et soucieux de réussir au mieux l'exercice.

En hauteur sur une plate-forme fixée à un arbre, un homme entre deux ages observait distraitement leurs résultats. Derrière lui, une jeune femme aux traits asiatique faisait de même à la jumelle.

-Ils ne sont pas mal du tout, commenta-t-elle en allemand. Encore deux semaines à se régime et ils devraient même devenirs bons. Vu ce que nous paient les Libanais pour les entraîner c'est un exploit. Qu'en pensez vous capitaine?

L'autre haussa les épaules.

-Si leur pays entre en guerre civile, il leur faudra plus que notre instruction et du parcours d'obstacle. Les cibles en carton ne ripostent pas elles. Mais l'expérience ne s'apprend pas, et nous avons apporté la base dont les survivants pourront user. Du bon travail, spécialement vous Lieutenant.

Se désintéressant de l'entrainement, il se retourna et leva les yeux au ciel, restant de longues secondes à contempler les nuages.

-Capitaine? Tout va bien?

Ce dernier hocha la tête, avant de ramener son regard sur les bois, comme à regret. Il semblait préoccupé.

-Juste une impression. lâcha-t-il en guise d'explication. Un souvenir... Ou une intuition.


A suivre dans:
Celui qui venait du ciel





la chose derrière l'écran


Pseudo : Varig, Thrawn, ...
Âge : 21 ans
Comment t'as atterri ici ? J'étais déja présent avant la MAJ et décidé de poursuivre l'aventure dans cette direction inattendue.
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Shane Treazler
avatar
Evolve Connu
♦ age : 24

Mar 10 Juin - 23:17

Bonsoir Varig ! Depuis le temps que tu patientes (dans cette chambre noire, que tu entends qu'on s'amuse et qu'on chante au bout du couloir... Ok j'arrête x) ) je m'occupe enfin de toi.

Comme promis je te valide, et comme promis je réitère mon avertissement, ton personnage devra se débrouiller seul dans ce nouveau Madison ! Il n'aura aucun droit de se servir de la confrérie ou du Vatican comme joker à quelque moment que ce soit ! N'oublie pas non plus qu'il y a des limites au capacité humaine. Si tu as conscience de tout, ce sera nickel !

Allez je ne te fait pas plus attendre =)
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Merci Jesse, Alex', Moira et Pioupiou pour ces signas ! Je vous adore toutes <3

Spoiler:
 
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Varig Cross

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