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[EVENT MARCHÉ NOIR] ▬ Bonne pioche

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Monsieur M.
PNJ
05.11.14 9:20
Monsieur M.
Le quartier-qui-ne-dort-jamais portait bien son nom. Tandis que de jour une foule dense de citoyens se pressait dans les galeries marchandes, la nuit était le royaume des bars, clubs et boîtes branchées.
L'homme ne détonnait pas vraiment au milieu des fêtards. Ni véritablement grand ni petit, ni laid ni beau, il avait ce genre de visages qu'on oublie aussitôt tant il ressemble à celui de tout le monde.

Une qualité en or pour un criminel, qu'il ne se gênait pas pour la faire payer au prix fort. Et ses pairs le reconnaissaient tous : « Frank ? Ce type est aussi discret que malhonnête ! »
Malgré le compliment, ce genre de phrases assassines blessait profondément Frank. Certes, il aurait probablement vendu toute sa famille pour quelques dollars ou pour un repas tout frais payés dans son restaurant mexicain préféré. Certes, il volait, mentait, vendait ou tuait sur commande sans aucun scrupule, et il ne posait aucune question sinon une seule : « Combien c'est payé ? »

Pourtant, lui se considérait comme un homme intègre. Ne remplissait-il pas toutes ses missions avec un professionnalisme exemplaire ?
Frank souffrait donc en silence que son travail et sa personne ne soient jamais reconnus à leur juste valeur. Quand il ne travaillait pas, il exerçait à plein temps sa passion : les vieilles montres. L'un des hommes de main les plus côtés et craints de Madison n'était heureux que le nez plongé dans les rouages délicats de la mécanique centenaire.
Il travaillait justement sur une Sylar 1999, un modèle très ancien et coûteux, quand on l'avait tiré de son petit plaisir. Petit job... Mais gros client. Pas le choix. Avec un pincement au cœur, il s'était donc arraché à son ouvrage avant de sortir direction les rues piétonnes.




Depuis cinq bonnes minutes, Alexandre Grey était devenu un bon chrétien. Le meilleur qui soit dans cette ville, il n'était pas loin de s'en persuader.

Bien sûr, il n'était pas retourné à la religion de son enfance en un claquement de doigt. C'était un choix mûrement réfléchi, fruit d'un long cheminement intérieur.
Plus précisément, le produit de plus de trente minutes de médiation profonde, provoquée par les trois étages qui le séparaient du sol et le rebord de fenêtre glissant sur lequel il se trouvait coincé.

Quand l'être humain doute de lui même, il revient à la foi, se répétait Alex avec conviction. Tout ceci est une épreuve envoyée par Dieu, épreuve qui ne peut s'achever que sur une solution miraculeuse, qui confirmerait sa révélation. Il pourrait alors poursuivre sa vie en bon chrétien.

Malheureusement, le miracle se faisait attendre.

-... Priez pour nous pauvres pêcheurs... Bon petit Jésus, si t'es là, c'est le moment ou jamais bordel de merde ! grogna-t-il d'une voix avinée.



Frank venait de faire la tournée des bars sans boire un seul verre. Ce qui était, décidément, une nouvelle démonstration de son intégrité professionnelle.
Son client voulait qu'il distribue une « livraison » un peu spéciale à tous les informateurs de confiance du centre-ville. Pour une raison obscure, 95% d'entre eux se trouvaient dans des endroits proposant des boissons alcoolisées, tandis que les 5% restants titubaient quelque part entre leur maison et leur « lieu de travail ». Déprimant.
Heureusement, il arrivait au bout de son calvaire. Plus qu'un à faire et ce serait terminé.
Contrairement à lui, le contact n'était pas très difficile à trouver. Un petit Américain au visage tatoué de symboles rouge sang. Cet étalage choqua Frank, pour qui « l'invisibilité sociale » était un gagne-pain autant qu'un mode de vie. Seule la pensée de la prime que lui vaudrait cette agaçante soirée lui permis de tenir. Avec, il pourrait faire fabriquer des pièces sur mesure pour sa montre à gousset semi-holographique de 2053. Une merveille.
Ragaillardi à cette idée, il aborda son dernier contact avec le sourire en s'accoudant au bar juste à côté de lui.

- Bien le bonsoir. lança-t-il juste assez fort pour que l'autre l'entende.

Un grognement lui répondit. Pressé d'en finir, il sortit une petite carte plastifiée de sa poche.
L'objet anachronique attira subitement l'attention du tatoué.
Quelques mots étaient inscrits sur le papier. Une adresse et une heure. Occupé à lire, l'homme ne saisit pas le regard dégoûté de Frank vers les verres vides qui jonchaient le bar.

- Monsieur M. vous envoie ses compliments pour vos dernières « fournitures ». Il compte sur vous pour être présent demain soir.

Sa commission effectuée, Frank se redressa et disparu dans la foule. Les délicats rouages de sa Sylar l'attendait avec l'impatience de la plus fougueuse des amantes.



Cinq minutes de plus s'étaient écoulées sans miracle, menaçant l'âme du croyant récemment revenu à la foi. Alexandre était même en passe de redevenir l'ivrogne paillard et insouciant qu'il était. Car de toute évidence, si Dieu existait, il n'avait aucune intention de le sortir de ce mauvais pas.
Vaguement coupable, un petit lambeau de conscience lui souffla qu'il l'avait peut être mérité. Pour quoi au juste ? Son penchant excessif pour les boissons fortes ? C'était vrai qu'une fois il avait bu la totalité du vin de messe, avant de le remplacer par de l'eau additionnée de grenadine.

- J'avais onze ans, merde ! aboya-t-il à voix basse en guise de justification.

Dieu était peut-être un vieux con, mais attendre douze années pour lui infliger ce châtiment, c'était quand même tordu.
À moins que ce ne soit son amour des femmes dont il soit puni ? Après tout, c'était pour fuir un mari jaloux qu'il s'était retrouvé bouclé là.
Il jeta un coup d’œil à travers la vitre et crut apercevoir une forme mouvante. Patient, ce type.
Non, impossible qu'il soit puni comme ça. Sa mère répétait tout le temps « Dieu est amour ».
Il aurait peut-être dû demander si ça marchait aussi pour les femmes mariées. Mais il était presque sûr que oui.

- Allez quoi merdeeeee ! Sérieux, j'ai compris maintenant, alors arrête tes conneries ! Tu vas finir par nous... Enfin me faire buter ! lança-t-il vers le ciel – pas trop fort, histoire qu'on ne l'entende pas de l'autre côté de la vitre.

Personne ne répondit. Évidemment, s'admonesta-t-il. Dieu n'existe pas sinon il aurait fini dans une situation de ce genre bien avant !
D'un autre côté, entre l'ivresse du champagne et la frustration due à sa fuite précipitée en plein « sport de chambre », il était prêt à croire en n'importe quoi. Jésus, Allah, Yahvé, un gourou coréen ou même Chuck Norris, l'essentiel était que sa nouvelle divinité accepte de le sortir du pétrin. Ensuite... Eh bien ensuite, il deviendrait un bon croyant, promesse d'ivrogne !
Ankylosé, il se releva pour tenter de s'étirer.
Le miracle n'eut à nouveau pas lieu et ce qui devait finir par se passer quand un amant adultère alcoolisé tente de faire des acrobaties sur un rebord de fenêtre se passa : il tomba dans le vide.




Frank dodelinait de la tête au gré de la douce musique qui avait envahi l'habitacle de sa voiture. Les yeux mi-clos, il laissait le pilote automatique le conduire à domicile. Il avait bien mérité ce moment de détente.
Le tic-tac régulier et le doux cliquetis des rouages le berçaient. C'était l'enregistrement d'une Rolex. Il avait acheté un micro professionnel pour enregistrer la « musique » de ses montres préférées. Un bruit qu'il était probablement le seul au monde à considérer comme une mélodie.
Les yeux mi-clos, il jouit d'un instant de grâce.

- C'est parfait, murmura-t-il en écoutant le tic-tac régulier de la montre.

Il se dit que si Dieu existait, il ne devait être que le grand horloger du monde. Oui, le cœur de Dieu battait sûrement au même doux rythme que la Rolex.
Puis, dans un tonnerre de fin du monde, Alexandre Grey s'écrasa sur le toit de son véhicule.




La technologie en matière de sécurité automobile avait fait d'énormes progrès. Toutefois, aucun modèle n'avait été conçu pour continuer tranquillement après avoir reçu soixante-dix-sept kilos de viande humaine jetée du troisième étage.
La voiture fit donc ce que font la plupart des voitures dans ce cas : elle slaloma comme le dernier des ivrognes et finit sa course dans un mur.

Alexandre n'avait pas bien compris ce qui lui était arrivé. Mais une considération surprenante s'imposa à lui : la chute l'avait entièrement dégrisé. Il se félicita de cette heureuse surprise avant de s'apercevoir qu'il était toujours en vie malgré sa descente express depuis le troisième étage.
La joie qu'il ressentit à être en vie était presque égale à celle que provoquait la perspective de pouvoir à nouveau se saouler une deuxième fois dans la même soirée.

- YEEEEEEEEAAAAAAAAHHHHHHH ! JE SUIS VIVAAAAAAAAAANTTTTTTTTT ! hurla-t-il à pleins poumons.

Il regarda en-dessous de lui, constata qu'il avait atterri sur une sorte de gros coussin vaguement sphérique. Il y vit un miracle, lumineux et clair.
Le dieu du vin l'avait sauvé, récompensant son plus fidèle serviteur à Madison. Il était temps de fêter ça, par Bacchus !
Frais et dispo', il sauta sur le trottoir et se mit en marche, avançant presque droit.

Derrière lui, Frank se remettait péniblement du choc physique et émotionnel qu'il venait de subir. Fébrile, il vérifia l'état de sa montre. Intacte. Ouf. La catastrophe avait été évitée de peu !
Il vérifia ensuite qu'il n'avait rien de cassé.

La voiture s'était transformée en coussin géant, une montagne d'airbag qui l'avait protégée de blessures graves lors de l'accident. N'empêche, il était sonné et son nez saignait.
Mais sa montre était intacte.

Péniblement, il sortit de l'épave et regarda autour de lui.
Un criminel moins scrupuleux que lui aurait cherché un responsable pour lui faire la peau. L'idée ne l'effleura même pas.
Sa précieuse Sylar l'attendait à la maison. Le reste n'avait absolument aucune importance. En outre, quel intérêt de tuer quelqu'un si personne ne payait pour ?
Dépité par sa soirée dans le monde cruel, il se mit en quête d'une voiture automatique à louer pour retourner dans le paisible univers des mécanismes bien rodés.

Fin ?


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